30/03/2017 - La liturgie dominicale, temps de fête et de repos


La liturgie dominicale, temps de fête et de repos
Article pour la revue Radouga, rédigé par le R.P. Simon Noël, OSB.

La profanation du dimanche

En 1846, eut lieu à La Salette, en France, l'une des apparitions de la Sainte Vierge, reconnues par l’Église. La Mère de Dieu donna aux deux petits bergers, Mélanie et Maximin, un message de pénitence, dont voici les premières paroles : Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Pour vous autres, vous n’en faites pas cas ! Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres. Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder. C’est ça qui appesantit tant le bras de mon Fils.
En écho aux paroles de certains prophètes de l'ancien testament, qui dénonçaient déjà ce péché, Notre-Dame fait au peuple de Dieu en notre temps le reproche de la profanation du jour du Seigneur. Hélas la situation s'est encore dégradée dans ce domaine de nos jours et il est urgent que les chrétiens redécouvrent toute une spiritualité du dimanche, pâque hebdomadaire, qui rythme toute l'année liturgique.

L'enseignement du concile

Voici ce que dit à ce sujet la constitution Sacrosanctum Concilium, du concile Vatican II : L’Église célèbre le mystère pascal, en vertu d’une tradition apostolique qui remonte au jour même de la résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le jour du Seigneur, ou dimanche. Ce jour-là, en effet, les fidèles doivent se rassembler pour que, entendant la Parole de Dieu et participant à l’Eucharistie, ils fassent mémoire de la passion, de la résurrection et de la gloire du Seigneur Jésus, et rendent grâces à Dieu qui les « a régénérés pour une vivante espérance par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1, 3). Aussi, le jour dominical est-il le jour de fête primordial qu’il faut proposer et inculquer à la piété des fidèles, de sorte qu’il devienne aussi jour de joie et de cessation du travail. Les autres célébrations, à moins qu’elles ne soient véritablement de la plus haute importance, ne doivent pas l’emporter sur lui, car il est le fondement et le noyau de toute l’année liturgique (n° 106).

Le dimanche chez nos frères d'orient

L'orient chrétien a gardé vivante à travers les siècles la foi en la résurrection du Christ. Qui ne connaît la joie exubérante de la nuit de Pâques orthodoxe ? Si l'orient accuse une affinité particulière avec cet aspect de l’Évangile que sont la résurrection, la transfiguration, la déification de l'homme, il a donné également le moyen de nourrir la conscience pascale tout au long de l'année. C'est sa célébration du dimanche, marquée chez les russes orthodoxes, par la vigile du samedi soir, où l'on ne cesse de chanter la résurrection du Christ, et par la liturgie eucharistique du dimanche matin. Chaque chrétien sait qu'il vient, au terme d'une semaine de travail, anticiper joyeusement la victoire totale et définitive de la Vie sur toutes les puissances de la mort. A la question : «Quel est l'esprit du culte orthodoxe ?», le théologien grec Théodorou répondait : « L'esprit du dimanche ». Et il ajoutait : « Les composantes de cet esprit sont le passage de la résurrection, le passage de la croix, l'esprit christocentrique, la nouvelle création du monde et la vie éternelle, la lumière spirituelle, le Saint-Esprit, l'eucharistie, la vraie joie et la charité chrétienne » (E ; Théodorou, L'esprit du dimanche dans toute la célébration du culte orthodoxe, dans Le dimanche, Lex orandi, n° 39, Paris, 1965).

Théologie du dimanche

Le jour du Seigneur, le dimanche, évoque d'abord la toute-puissance de Dieu avec laquelle, au début des temps, il a créé le monde, puis, en ces temps ultimes, a racheté notre humanité, par la résurrection du Christ. Ce jour est aussi consacré au mystère de la Sainte Trinité, Dieu unique en trois personnes. La messe dominicale est un culte d'adoration de la Sainte Trinité. Nous y exultons de joie en pensant que le Dieu unique est saint et sage, bon et prévenant, infini et beau, et que rien ne manque à sa gloire et perfection. Et à la messe nous venons lui rendre grâce pour tous les bienfaits qu'il nous a accordés. En ce jour, après le repos de la tombe, le Christ s'est levé comme prémices de notre résurrection. En ce jour aussi, le Christ a envoyé sur ses apôtres son Saint-Esprit, pour renouveler nos cœurs et nous ramener vers le Père. Et nous, en sanctifiant ce jour, nous goûtons déjà par anticipation la joie du Royaume éternel. Il ne s'agit plus, comme dans le sabbat, de commémorer le repos que Dieu observa le septième jour, mais de faire mémoire du Dieu qui agit et travaille sans cesse. En sanctifiant ce jour, et non plus le samedi, nous célébrons le mémorial de la résurrection. Les juif commémoraient la Pâque, libération de la servitude de l’Égypte, une fois par an seulement. Depuis la Pâque du Christ, nous célébrons cet événement chaque semaine. C'est le dimanche que les anges ont montré le tombeau vide, que le Ressuscité est apparu aux saintes femmes, aux apôtres et aux disciples d'Emmaüs, et qu'il est revenu huit jours plus tard se montrer à Thomas, pour fonder notre foi et celle de tous. Le dimanche, tout nous rappelle qu'au baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. C'est le dimanche aussi qu'on nous lit les plus beaux passages de l’Évangile. Chaque dimanche, nous nous préparons enfin à entrer dans la Jérusalem céleste. Le dimanche est l'image de ce jour sans fin, qui, dans la vie du monde à venir, sera le premier et l'unique, lorsqu'il n'y aura plus de nuit et que tous nous serons réunis autour de la table avec le Père, dans la lumière du céleste Royaume. Le mystère du dimanche est le mystère du huitième jour. Le chiffre huit est le symbole de la vie éternelle. Le chiffre sept est celui de notre vie ici-bas, basée sur la semaine de sept jours. Le huitième jour est le jour qui vient après la semaine de sept jours, notre vie sur terre. Il est le jour de l'au-delà du temps, le jour de l'éternité. C'est pourquoi, les baptistères, où se donne cette vie éternelle dans la grâce du baptême, ont souvent une forme octogonale.

Le dimanche, jour de repos

La première manière de sanctifier le jour du Seigneur est d'observer le repos dominical. Selon l'interprétation du code de droit canon : « Le dimanche ... doit être observé dans l'Église tout entière comme le principal jour de fête du précepte (can. 1246, § 1) », pour contribuer à ce que « tous jouissent du temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette de cultiver leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse (Vatican II, Gaudium et Spes 67, § 3)». « Le dimanche ou les autres jours de précepte, les fidèles s'abstiendront de ces travaux et de ces affaires qui empêchent le culte dû à Dieu, la joie propre du jour du Seigneur ou la détente convenable de l'esprit et de l'âme. (can. 1247) ». Chaque chrétien doit éviter d'imposer sans nécessité à autrui ce qui l'empêcherait de garder le Jour du Seigneur.

L'eucharistie dominicale

Nous citerons pour conclure quelques extrait de l'exhortation Sacramentum Caritatis, publiée par le pape Benoît XVI, ainsi que de la lettre apostolique Dies Domini, de saint Jean-Paul II : « Parce que le culte nouveau est participation à la vie du Créateur, il n'est pas aliénation par rapport à la nature, mais accomplissement gratuit et transcendant. Dès lors, l'obligation que fait l'Église à tous les fidèles de participer à l'eucharistie dominicale n'est en aucune manière un précepte imposé de l'extérieur, mais répond au contraire à un véritable besoin intérieur. C'est ce qu'illustre l'épisode des martyrs d'Abitène. Des fonctionnaires romains avaient surpris un groupe de chrétiens qui célébraient l'eucharistie dominicale malgré l'interdiction imposée par Dioclétien. Ceux-ci déclarèrent à leurs juges : sans le dimanche, sans l'eucharistie, nous ne pouvons pas vivre. Se séparer de l'eucharistie dominicale met en péril grave la vie chrétienne, puisque c'est elle qui lui donne sa forme (...) C'est dans le mystère pascal, rendu sacramentellement présent dans l'eucharistie dominicale, que Dieu révèle de la façon la plus inouïe qu'il est amour (...) Le dimanche rappelle la place de l'Église, puisqu'il est le jour de l'eucharistie qui fait l'Église. Dans la célébration communautaire du dimanche, tous les fidèles sont réunis autour de la Parole de Dieu et du sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, signe efficace de leur unité avec Dieu et entre eux. L'importance de la Parole de Dieu pour l'assemblée dominicale a été heureusement mise en valeur par la réforme liturgique issue de Vatican II, qui prévoit trois lectures bibliques le dimanche, ainsi que par l'obligation pour le curé de prononcer l'homélie le dimanche. Les fidèles manifestent leur adhésion par la récitation du symbole de la foi (...) L'eucharistie dominicale perpétue le mystère pascal. Son retour régulier au cours du temps transforme peu à peu les fidèles, et avec eux toute la création. Comme membres du corps du Christ par leur baptême, les chrétiens apprennent à s'offrir avec lui en hostie agréable à Dieu. Ils célèbrent ainsi le culte nouveau, qui n'est rien d'autre que l'extension au cours du temps et dans toute la vie des fidèles du sacrifice de la Croix, jusqu'à ce que « Dieu soit tout en tous » (1 Co 15, 28). Le dimanche est donc au principe de la morale et du culte chrétiens. Ainsi, parce qu'il est le jour de la résurrection et de l'eucharistie, le dimanche concentre la foi, le culte et l'agir concret de l'Église, c'est-à-dire tout ce qu'elle fait, tout ce qu'elle est. Aussi Ignace d'Antioche a-t-il pu définir les chrétiens : « ceux qui vivent selon le dimanche ». C'est pour cette raison que le Catéchisme de l'Église catholique peut dire à son tour que « la célébration dominicale du Jour et de l'Eucharistie du Seigneur est au cœur de la vie de l'Église » ( n° 2177).

24/03/2017 - L'embolisme



L’embolisme

Le rite de la communion commence par le « Notre Père ». Après cette prière commune de l’assemblée et du célébrant, celui-ci doit réciter l’embolisme qui développe la dernière demande de la prière du Seigneur. Ce mot d’origine grecque (embolismos) signifie « placer entre ».

« Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves, en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur. »

Dans beaucoup de paroisses, cette partie de la Messe est hélas transformée, abrégée ou massacrée... Ouvrons le Missel romain où tout est écrit !

1. Que demande le Missel ?

1. Prière du « Notre Père » (prêtre et assemblée)
2. Embolisme (prêtre) : « Délivre-nous de tous mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps... »
3. Acclamation (assemblée) : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire... »
4. Prière pour la paix (prêtre) : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres... »
5. Acclamation (assemblée) : « Amen »
6. Salutation (prêtre) : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous »

2. Que voit-on souvent ?

1. Prière du « Notre Père » (prêtre et assemblée)
2. Acclamation (prêtre et assemblée) : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire... », avec la conclusion « Amen » qui n’est pas prévue à ce moment !
3. Prière pour la paix (prêtre) : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres... », avec ajouts de verbiages et digressions sur le thème de la paix...
4. Acclamation (assemblée) : « Amen »
5. Salutation (prêtre) : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous »

3. Les « bonnes excuses »...

Quand le fidèle, surpris de cette suppression, interroge le célébrant, celui-ci répond souvent que l’embolisme est inutile car tout est dit dans le « Notre Père ». Pourquoi développer quand tout est dit ? Cette « justification » est absurde car on peut, dans cette optique, supprimer la plupart des prières de la Messe qui ne font que répéter inlassablement les mêmes louanges et les mêmes demandes. Insistons sur le fait que beaucoup de prêtres qui omettent l’embolisme sous prétexte de répétition et de longueurs n’hésitent pas à développer leurs propres théories tout au long de la Messe sans respect des règles liturgiques. Certains verbiages « cléricaux » au cours de la célébration sont insupportables et tuent le recueillement.

Certains prêtres disent aussi que les fidèles sont habitués à dire l’acclamation immédiatement après le « notre Père ». Dans cette situation, il est important de rappeler que les « mauvaises habitudes » peuvent être corrigées à condition d’expliquer la règle. Il est urgent que les fidèles soient formés au sens liturgique.

4. Le bon sens liturgique

- L’embolisme est attesté dès la fin du 6ème siècle. Comme beaucoup de prières, elle a connu plusieurs développements au cours du temps. Elle retrouve sa beauté originelle par une simplification lors de la restauration du Missel romain suite au Concile Vatican II.

- Il n’appartient pas au prêtre de décider ce qu’il faut « garder » et ce qu’il faut « supprimer » dans les prières liturgiques. En 1969, le Pape Paul VI réagissait avec fermeté contre la légèreté avec laquelle certains prêtres considèrent le Missel. «  La réforme présente des dangers, en particulier celui de l’arbitraire et donc de la désagrégation de l’unité spirituelle de la société ecclésiale, de la qualité de la prière et de la dignité de la liturgie. Les multiples changements introduits dans la prière traditionnelle et commune ont pu donner prétexte à cet arbitraire. Il serait cependant très regrettable que la sollicitude dont a fait preuve l’Eglise conduise à penser qu’il n’y a plus de règles communes, fixe et obligatoire dans la prière de l’Eglise et que chacun peut prétendre l’organiser ou la désorganiser à sa guise. Dans ce cas on ne devrait plus parler de pluralisme dans le domaine de ce qui est permis, mais de divergences, parfois non seulement liturgiques mais substantielles. Ce désordre que malheureusement on doit constater çà et là porte un préjudice grave à l’Eglise : il fait obstacle à la réforme disciplinées et qualifiée que celle-ci autorise».

- En guise de conclusion, il est bon de relire l’embolisme et de s’émerveiller de la beauté de cette prière. Au nom de tous, le prêtre demande la paix pour notre temps, la délivrance du péché et le secours dans les épreuves. La conclusion tourne le regard des fidèles vers le retour glorieux du Seigneur et la vie éternelle, finalité de la vie chrétienne. Il faut hélas constater que les prières inventées par des prêtres en quête de nouveautés sont souvent d’une banalité affligeante face à la noblesse des prières du Missel romain. 

13/03/2017 - Citation de Benoît XVI sur la liturgie

 
Déjà, en 2001, le cardinal Ratzinger affirmait : "On aurait besoin pour le moins d'une nouvelle conscience liturgique, pour faire disparaître cet esprit de bricolage. On en est arrivé à ce que les cercles liturgiques se bricolent eux-mêmes une liturgie du dimanche. Ce qui en résulte, c'est certainement la production de quelques intellectuels doués qui ont imaginé quelque chose. Je ne rencontre plus par là le Tout- Autre, le Saint qui se donne à moi, mais les capacités de quelques-uns. Je m'aperçois que ce n'est pas cela que je cherche. C'est trop peu, c'est autre chose. Ce qu'il y a de plus important aujourd'hui, c'est le respect de la liturgie et le fait qu'on ne peut pas la manipuler. C'est de réapprendre à la considérer comme un organisme vivant et offert par lequel nous participons à la liturge céleste. C'est de ne pas y chercher notre propre accomplissement mais le don qui nous advient. Je crois que ce qui est prioritaire c'est que cette manière de faire personnelle et arbitraire disparaisse et que s'éveille le sens intérieur pour le sacré."  
      Voici quelle est notre Dieu, Plon-Mame, Paris 2001, p. 290-291.

09/03/2017 - Perspective missionnaire

Perspective missionnaire !

L’Eglise est missionnaire dans sa constitution. Après la Pentecôte, les apôtres prêchent l’Evangile sans peur et leur prédication enflamme le monde ! Sans mission, sans annonce explicite de la foi, il n’y a pas d’avenir... et la vie chrétienne s’estompe jusqu’à devenir un vague fourre-tout de valeurs humanistes.

Pour envisager l’avenir sereinement, il importe de regarder clairement la situation et de répondre chrétiennement aux défis qu’elle nous pose. Ce travail urgent concerne l’ensemble des baptisés, laïcs et ministres ordonnés, car tous sont responsables de la mission. Dans cette œuvre, le prêtre a une mission particulière. De part son ordination, il est configuré au « Christ-tête ». Il lui revient d’enseigner la foi et d’encourager les fidèles à la sainteté. Si le prêtre doute, c’est le peuple qui doute. Si le moteur s’essouffle, ce sont les fidèles qui peu à peu sombrent dans la tiédeur.

Nous vivons dans un monde de plus en plus sécularisé, indifférent ou hostile à la foi chrétienne. Plutôt que de subir les événements avec fatalité, pourquoi ne pas relever le défi de l’évangélisation en vivant dans une dynamique missionnaire.

Le jour de l’Ascension, le Christ envoie les apôtres à la conquête du monde : « Allez, de toutes les nations faites des disciples. » Le but est précis ! Transmettre la foi et pour cela l’annoncer clairement. La finalité de la vie chrétienne est de connaître Dieu, de le faire connaître, et de témoigner du Christ qui doit occuper le centre de l’existence. Configuré au Christ, Saint Paul s’écrie : « pour moi vivre c’est le Christ ! » C’est à un degré suprême le but de la vie du prêtre : ne faire qu’un avec lui pour le transmettre au peuple dont il a la charge. Pour ce faire, le prêtre doit utiliser tous les moyens qui s’offrent à lui et faire preuve d’imagination pour annoncer la Parole et convaincre ceux qu’il rencontre.

C’est ce qu’a fait l’Eglise de tous temps ! Pourquoi a-t-elle ouvert des dispensaires et des hôpitaux ? Pour s’occuper des âmes tout en soignant les corps... Pourquoi a-t-elle fondé une multitude d’écoles ? Pour former des générations chrétiennes ferventes et généreuses... Le but est religieux et si, comme aujourd’hui, on l’oublie, plus rien ne justifie un tel investissement qui demeure stérile car coupé de l’objectif premier. Une école chrétienne est un lieu où l’enfant grandit aux niveaux intellectuel et spirituel. Elle est ouverte à tous, mais ceux qui font le choix d’y aller doive accepter cette perspective. Il est évident qu’on est loin de cet idéal et que beaucoup se réjouissent de cet affadissement.

Entretenir une perspective missionnaire, c’est garder la jeunesse du cœur qui reste capable, malgré les épreuves, de s’émerveiller de la Parole du Christ et de la transmettre. Au contraire, le fatalisme alourdit la vie spirituelle et étouffe l’avenir. Une chose est de reconnaître le déclin du christianisme dans nos pays, une autre est de l’accepter et pire encore de s’en réjouir.

Comment entretenir une perspective missionnaire ?

En étant continuellement relié au Christ par la prière et l’approfondissement de sa Parole. Sans cette dimension, il est facile de tomber dans l’activisme et le volontarisme qui, déconnectés de la source, restent stérile. C’est le Christ qui sauve. Nous ne sommes que des instruments imparfaits et il ne nous revient pas d’exiger des résultats immédiats. Il faut semer... dans l’espoir de la moisson. Mais il ne faut pas semer l’ivraie ! Nous ne devons pas prêcher notre parole mais celle du Christ et faire découvrir l’enseignement de l’Eglise qu’il ne faut pas accommoder au gré des situations.

La perspective missionnaire s’entretient également par la fréquentation de « témoins » qui veillent à ne pas éteindre la flamme. Il y a des conversations qui élèvent... et d’autres qui plombent le moral. Evidemment, il est normal certains jours d’être tenté par le découragement, mais cela doit rester une tentation. Y succomber revient à douter de la présence agissante du Christ qui conduit la barque malgré la tempête. Pour avancer sur ce chemin, il faut cultiver de vraies amitiés chrétiennes qui permettent de communier aux mêmes réalités.

Associé à la prière, une formation solide est indispensable. Il faut lire... et pas que des revues ! Sans formation, le danger est grand de considérer ses intuitions comme étant celles du Saint-Esprit. Notre intelligence doit être formée et confrontée à l’enseignement de l’Eglise. Nous ne  sommes pas établis « à notre compte ». Nous ne sommes que des intendants. La fréquentation de bons auteurs élève l’âme et la maintient dans une dynamique d’évangélisation. Il suffit de regarder la bibliothèque de certains prêtres pour mieux comprendre certaines de leurs homélies qui s’éloignent gravement de la doctrine chrétienne.

Comment perdre l’élan missionnaire ?

La perte de l’élan missionnaire est rarement brutale. Peu à peu, le prêtre renonce à l’idéal du début de son ministère, le jugeant irréalisable. La vie est souvent impitoyable et le désir de plaire au monde peut être redoutable. A force de compromis, on abandonne ce que l’on juge « accessoire »... et d’accessoire en accessoire, on en arrive à brader l’essentiel. Dans la vie du prêtre, les détails ont leur importance car ils constituent autant de protections face à la tiédeur. 

Dans un monde superficiel, la peur de déplaire étiole également le sens missionnaire. Je me rappelle un prêtre qui soutenait (hélas de bonne foi !) que vivre la fraternité était plus important que la pratique dominicale. Un autre, dont l’église était quasiment vide, démontrait sérieusement que les gens ont une image positive du prêtre si celui-ci participe à toutes les activités sociales de la région. Pour y faire quoi ? Annoncer le Christ ? Hélas non, simplement être présent et montrer un visage bienveillant. Une telle attitude peut-elle produire des fruits ? Le vide ne peut produire que du vide...

Pour évangéliser, il faut accepter de se remettre en question, c’est-à-dire de confronter sa vie avec l’enseignement du Christ et la réalité de l’Eglise universelle. Comment rester aveugle et sourd face aux nouveaux mouvements ecclésiaux débordant d’énergies missionnaires ? Alors que la plupart des jeunes qui assistent régulièrement à la Messe sont souvent en quête d’un christianisme authentique et généreux, comment continuer à proposer une religion « au rabais » pour plaire à ceux... qui ne viennent quand même pas ! Un jeune ne peut s’engager à la suite du Christ que si l’Eglise l’annonce avec clarté. Les temps changent... nous ne sommes plus dans les années septante ! Il est peut-être grands temps de l’accepter et de remettre en question une certaine pastorale qui n’a pas donné de résultat. C’est une démarche d’humilité et de confiance en l’avenir. Il est évidemment plus simple de « continuer comme on a toujours fait » jusqu’à l’extinction totale. Un chrétien ne peut jamais se contenter d’une mauvaise situation. Il peut la déplorer mais il doit surtout faire ce qu’il peut pour la changer et y mettre le Christ.

Danger de cette situation
Peu à peu, c’est le cœur de la foi qui est rongé. Le prêtre perd le sens de son sacerdoce. Il devient peu à peu un fonctionnaire « qui fait tourner la boutique » sans oser penser à demain. On s’habitue à tout... même au pire ! A force de vivre dans la crasse, on ne la voit plus. On la trouve même normal. Ainsi, un prêtre se réjouissait de célébrer une messe « conviviale » entourée de cinq grand-mères adorables. On réfléchira après... Malheureusement, l’inertie est fatale et empêche le renouveau. Peu à peu, on attend la fin...

Des signes qui ne trompent pas...

L’église est le premier lieu de l’évangélisation. Quand la porte est ouverte, il y a souvent des gens qui entrent par curiosité. Si le prêtre est présent, la conversation s’engage facilement. L’homme se pose tant de questions... Qui lui répondra ? L’église est le premier lieu de vie du prêtre. Il doit la rendre belle car c’est là qu’il accomplit ce pour quoi il a été ordonné. Un jeune ne devient pas prêtre pour être un animateur social. L’autel est le premier « instrument de travail » du prêtre. Quand on voit certaines églises et certains autels... on comprend la crise de la foi. Evidemment, si un prêtre à une multitude d’édifices à entretenir, il ne peut pas tout faire. Il doit alors se concentrer dans l’église où il vit et faire de celle-ci un pôle qui rayonne. Négliger le lieu de culte conduit à la perte du sacré. Ainsi, on peut être effrayé quand une institution religieuse restaure les sanitaires... avant la chapelle. C’est une question de priorité qui en dit long...

La Messe est missionnaire. La façon dont elle est célébrée en dit long sur la foi du prêtre. A-t-il conscience d’être en présence de Dieu. Cela crève les yeux.... Une tenue nonchalante, les bras ballant, l’absence d’ornement, l’omission volontaire de certaines prières... Tout cela traduit une âme sacerdotale affaiblie. La pente est glissante.

Pour justifier la crasse, on invoque souvent le manque de moyens... Dans certains cas, pourquoi pas... mais un peu de détergent, de « sidol » et d’huile de coude produisent des miracles. Il y a va de la crédibilité du culte divin. Comment enseigner que Jésus est réellement présent dans l’Hostie quand celle-ci est moisie dans un tabernacle qui sent la pourriture à plein nez ? Comment vivre la Messe « source et sommet de la vie chrétienne » quand le prêtre lui-même semble ne  plus croire en ce qu’il fait ?

Les remèdes

Un bon remède pour cultiver l’idéal missionnaire consiste à considérer l’Eglise dans son universalité. Tout au long de l’histoire, des œuvres on grandit et d’autres sont mortes. Il importe donc d’ouvrir les yeux et d’encourager ce qui naît... Les situations sont différentes mais le fond doit rester le même et les nouvelles fondations sont souvent remarquables par leur fidélité et leur enthousiasme.
Il importe également de ne jamais s’habituer à une mauvaise situation et encore moins de la promouvoir. Le manque de foi ne peut jamais être justifié ! L’abandon de la pratique ne peut jamais être présenté comme un bien... même s’il faut prêcher dans le désert.
Le Christ a annoncé le Royaume sans détour ! Pourquoi ne pas retrouver et développer cette candeur dans l’annonce ?
Il est évident que nous n’avons pas toutes les cartes en mains. Tant de situations nous échappent. Néanmoins, dans les domaines qui nous concernent directement, des changements sont possibles. Il est grand temps de se réveiller et d’annoncer clairement le Christ. Nous ne pouvons pas être chrétiens à temps partiel.

05/03/2016 - Certaines homélies sont de véritables pénitences...

En ce temps de carême, je me pose les questions suivantes en écoutant prêcher certains prêtres : pourquoi n'osent-ils pas exposer la doctrine catholique ? Cherchent-ils à plaire en proposant une doctrine édulcorée ? Ont-ils peur d'affirmer la foi catholique ? Je me permets de citer ci-dessous les extraits d'une homélie que j'ai ouïe à l'occasion du mercredi des cendres :

"Ne voyons pas le carême comme un temps de pénitence, mais comme un temps d'humanisation de la société."
"Cela me fait bien rire de se priver de nourriture ! Qu'est-ce que cela peut nous apporter ? "
"Dans certains ouvrages, on parle toujours de sacrifice. Quand l'Eglise abandonnera-t-elle enfin ce langage désuet ?
"Le carême est avant tout un temps pour rencontrer l'autre."

Inutile de préciser que face à de tels propos, il faut être prudent car la FOI est en danger ! Que cherche un prêtre qui prêche de la sorte ? C'est finalement la véritable question à se poser. Il cherche à plaire, à paraître dans l'air du temps ! Le problème est que ces prêtres n'ont pas compris que les temps avaient changé. Les catholiques ne cherchent plus un catholicisme tronqué, falsifié ; mais ils cherchent à s'affermir dans la foi. La jeunesse veut rencontrer des témoins de Jésus-Christ et non des "accompagnateurs de sens" qui renient la doctrine. Comme le disait le Père Michel Marie Zanotti Sorkine dans l'un de ses livres : " Au diable la tiédeur !". Soyons missionnaires ! Soyons affermis dans notre foi ! N'ayons pas peur d'être les témoins du Christ dans notre époque ! Le cœur de notre foi se trouve dans les Evangiles, le catéchisme et la Liturgie... Malheureusement, combien de prêtres consultent encore régulièrement le catéchisme ? Combien respectent le missel ?

04/03/2016 - Redécouvrons notre Liturgie !

Quand les prêtres se décideront-ils à remettre leurs pratiques en question ? Quand liront-ils enfin les documents officiels sur la liturgie ? La méconnaissance du clergé dans le domaine liturgique est un drame ! Un fidèle me disait dernièrement : " J'ai essayé d'attirer, avec diplomatie, l'attention de mon curé sur l'importance de chaque partie de la messe et sur le fait qu'il ne peut de son plein gré supprimer des prières. Je vous laisse deviner sa réponse...mon cher ami, je m'y connais mieux que vous en liturgie !"
L'ouverture et la remise en question du clergé est toujours surprenante ! Le Pape François ne nous a-t-il pas demandé d'importuner nos pasteurs ? Demandons à nos prêtres que nos églises redeviennent le lieu du sacré et de l'obéissance aux règles liturgiques ! 

Rappelons-nous un passage de l'Exhortation apostolique post-synodale de Benoît XVI, Sacramentum Caritatis. "En soulignant l'importance de l'ars celebrandi, - affirme le Pape - on met en lumière la valeur des normes liturgiques [...] Là où les prêtres et les responsables de la pastorale liturgique s'emploient à faire connaître les livres liturgiques et les normes liturgiques en vigueur [...], la célébration eucharistique en tire profit. Dans les communautés ecclésiales, on croit peut-être déjà les connaître et pouvoir porter un jugement éclairé sur elles, mais, souvent, il n'en est pas ainsi. En réalité, ces textes contiennent des richesses qui conservent et qui expriment la foi et le chemin du peuple de Dieu au long des deux millénaires de son histoire ." 

Pour ceux qui le souhaitent, n'hésitez pas à relire la Présentation du générale du Missel Romain : Cliquez ICI