14/01/2017 - Liturgie et catéchèse


La plupart des diocèses investissent beaucoup de temps, d’énergie et d’argent dans le domaine de la « catéchèse ». Formation en tous genres, documentation abondante, affiches, journées de rencontres, consultations diocésaines qui succèdent aux consultations précédentes presque aussitôt jugées dépassées par les « acteurs pastoraux »... La liste est longue... Dans ce domaine, et face à la déchristianisation galopante, le mot « créativité » est au centre du verbiage ecclésiastique ! Il faut pourtant poser un regard lucide sur la situation. Durant ces quarante dernières années, on a vraiment tout essayé en lieu et place du catéchisme (!) : les jeux, les contes, les bricolages, les mimes, les DVD interactifs... sans aucun résultat à long terme (et même à court terme !). Chaque année, dans la plupart des paroisses, un groupe d’enfants de moins en moins nombreux se préparent à une « Profession de foi » sans lendemain, dont l’apothéose est une célébration bruyante et sans piété. On reste pantois (et même admiratif !) face à l’acharnement pastoral des supérieurs diocésains qui continuent de promouvoir une formule vide et obsolète, eux qui pourtant « savent lire les signes des temps »... Sociologiquement, la Profession de foi collective peut s’envisager dans une société majoritairement chrétienne mais pas dans un contexte indifférent ou hostile ! Certains objecteront que cette invitation est une porte ouverte à l’évangélisation. On peut en douter au vu des résultats ! Comme le disait récemment un brave curé de paroisses au sujet des enfants du catéchisme et de la « Communion solennelle » : « A quoi bon, de toutes façons, on ne les voit pas avant, on ne les voit pas pendant et on ne les verra quand même pas après ! » C’est un fait connu, dans les paroisses où sont organisées des « Messes de familles » une fois par mois, les enfants du catéchisme y assistent (bien obligés) pendant les deux ans de « cheminement » et disparaissent à la fin du mois de mai !

Propositions

1. Ne plus viser la quantité

Tous sont appelés à découvrir le Christ. C’est évident, mais cela demande un minimum de bonne volonté et de sérieux. Plutôt que d’organiser des célébrations collectives de « Premières communion » ou de « Profession de foi » pourquoi ne pas proposer un catéchisme personnalisé pour les enfants dont les familles assistent à la Messe chaque dimanche. Tous sont invités mais la pratique religieuse doit être un pré-requis. Sans cela, la fête restera toujours sans lendemain. Ce n’est pas en « coloriant des pâquerettes » au catéchisme que l’enfant découvrira le Christ. C’est en assistant à la Messe, en voyant prier les fidèles, en regardant le prêtre célébrer saintement l’Eucharistie, que le jeune chrétien entrera peu à peu dans un mystère qui le dépasse. Aidé par ses parents (ou une personne de confiance qui peut suppléer), il devra comprendre que la Messe du dimanche n’est pas facultative mais obligatoire. On n’y va pas si on en a envie, mais parce que Dieu nous le demande. La Messe n’est pas une distraction ou une « fête ». C’est le renouvellement de l’Offrande du Christ au Calvaire. On devient chrétien par osmose, en voyant les autres prier, en imitant, en passant peu à peu de l’ignorance à la compréhension. Plaquer deux années de catéchèse sans ce préalable ne produira jamais de fruits ! Cette optique demande de renoncer aux « célébrations de masse » pour catéchiser en profondeur (par la Messe) les enfants des familles pratiquantes. Vouloir évangéliser « la périphérie » sans d’abord affermir le centre revient à construire une maison sur du sable. Il est préférable de célébrer la première communion d’un seul enfant motivé et encouragé par son entourage, que d’organiser des « apostasies solennelles » conclues par le Curé répétant chaque année à la fin de la célébration : « Regarde-les bien Seigneur, tu ne les verras plus avant longtemps ».

2. Promouvoir une liturgie digne et belle

La liturgie précède la catéchèse ! C’est parce qu’il a découvert Dieu dans la prière et la liturgie que le fidèle approfondit ses connaissances. Ce n’est pas parce qu’il a quelques notions sur la foi chrétienne que l’incroyant ouvre son cœur et pousse la porte de l’Eglise. Beaucoup de témoignages de convertis vont dans ce sens. Rappelons l’expérience de Paul Claudel découvrant Dieu au cours d’un Office à Notre-Dame de Paris ! Cette rencontre n’est possible que dans une atmosphère sacrée qui transcende la banalité de la vie humaine. A contrario, une célébration horizontale et bruyante ne produira que du vide... ce vide que nous subissons de la part de nombreux prêtres qui refusent de célébrer la Messe selon les rubriques du Missel.

Il est utile de rappeler que la Messe n’est pas une séance de « catéchèse » mais une célébration du mystère de la foi. Dans ce sens, il ne faut pas chercher à occuper continuellement l’enfant (et l’adulte !). Il faut le laisser découvrir à son rythme, à sa place, sous l’œil attentif d’un adulte responsable. Il ne comprendra pas tout, son imagination vagabondera inévitablement, il éprouvera peut-être de l’ennui... Il faut oser le dire et l’accepter. La Messe est répétitive et ne peut pas être vécue comme un spectacle de variétés où l’attention est sans cesse en éveil. La découverte de la vie spirituelle ne se fait pas sans effort et persévérance. L’enfant est souvent ouvert au sens du sacré à condition de ne pas être étouffé par des catéchistes de bonne volonté qui transfèrent sur lui leur propre ennui et incompréhension de la Messe.

Conclusion : Célébrer... et puis catéchiser !

Trop investir dans des « méthodes de catéchèse » sans placer la Messe au centre de la vie chrétienne revient à labourer la mer... Plutôt que vouloir à tout prix un maximum d’enfants « en catéchèse », mais sans lendemain, il est peut-être bon d’apprendre à laisser venir... à accueillir celui qui vient... Faut-il courir après celui qui ne veut pas, ou qui veut « à condition... » ! Cette attitude sera libératrice. Le Christ ne nous demande pas combien nous sommes... mais si nous avons de la saveur ! Et si nous sommes peu nombreux, n’oublions pas d’être fervent. La ferveur évangélise ! Un enfant est davantage impressionné par le témoignage d’un chrétien à genoux devant le tabernacle que par des chants ridicules et des rondes autour de l’autel. A une catéchiste qui s’offusquait d’un enfant qui communiait sur la langue et qui lui en demandait la raison, ce dernier lui dit : « C’est pour faire comme le monsieur du premier rang... » A son niveau, il avait fait la différence entre le banal et le sacré.... et il imitait tout simplement !