30/12/2016 - Les funérailles "chrétiennes" ?



A l’occasion du décès d’un proche, beaucoup de familles souhaitent encore une célébration religieuse. On peut s’en réjouir... et néanmoins s’interroger sur les motivations de cette demande et sur les réponses apportées.

Les notes doctrinales et pastorales du Missel des défunts rappellent quelques évidences : « C’est le mystère pascal du Christ que l’Eglise célèbre, avec foi, dans les funérailles de ses enfants. Ils sont devenus par leur baptême membres du Christ mort et ressuscité. On prie pour qu’il passe avec le Christ de la mort à la vie, qu’ils soient purifiés dans leur âme et rejoignent au ciel tous les saints, dans l’attente de la résurrection des morts et la bienheureuse espérance de l’avènement du Christ. »

Ces quelques lignes sont d’une grande clarté et écartent toutes incursions profanes dans la célébration. Il est question du mystère pascal, de prières, de purification, d’attente et d’espérance. Dans d’autres notes, il est également question de sollicitude pastorale. Comment celle-ci peut être source d’évangélisation ? Qu’en est-il dans beaucoup de nos paroisses ? Les lignes qui suivent veulent ouvrir la réflexion, sans jugement. La bonne foi et le souci de l’accueil ont souvent conduit de nombreux pasteurs et fidèles sur des chemins hasardeux... loin des prescriptions liturgiques de l’Eglise. On peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé d’une adaptation à l’esprit du temps, présenté comme un pas dans la découverte du Christ.

Le constat qui suit peut sembler excessif... Précisons que tous les faits rapportés dans cet article sont exposés sans exagération car ce que l’on voit dans beaucoup d’église à l’occasion des funérailles « chrétiennes » est tout simplement ahurissant. On peut sans peine établir une liste non-exhaustive des innombrables abus qui s’y rencontrent.

Glorification du défunt

Généralement, la famille endeuillée est éloignée de toute pratique religieuse. On vient dès lors à l’église pour se souvenir du défunt et rarement pour prier pour lui, car « il a bien mérité une place au ciel ». Peu importe ce qu’a été sa vie... il est canonisé par d’innombrables discours larmoyants qui vantent ses mérites. La liturgie des funérailles devient un prétexte pour rappeler la vie du défunt « avec l’incontournable évocation de ses merveilleuses tartes aux pommes ou de sa passion pour le jardinage ». Inutile d’évoquer la nécessité de la prière et le purgatoire (pourquoi faire ?)... Dans l’assemblée habituelle des funérailles, quasiment personne n’y croit et ne suppose un seul instant que le défunt a besoin de prières, seul secours qui lui soit pourtant profitable. Ce qui compte, c’est le ressenti et l’émotion... La communion ne se fait plus en Dieu mais dans un souvenir uniquement tourné vers les biens terrestres. Qu’en est-il de la foi du défunt et de sa pratique religieuse ? Dans la plupart des cas, il était « croyant »... non pratiquant... mais ce n’est pas ça l’essentiel ! Dieu peut-il ne pas accueillir une personne si bonne ?

Célébration à choix multiples

Selon le désir de la famille, la célébration sera plus ou moins « religieuse ». C’est ainsi, que la Parole de Dieu peut être remplacée par des textes profanes de plus ou moins mauvais goût. Qui n’a pas entendu le fameux texte faussement attribué à Saint Augustin où le mort affirme qu’il est « juste dans la pièce à côté », ou le poème indien où le cher disparu « continue d’être présent dans le vent et dans les étoiles ». Ces « chefs d’œuvres » littéraires et syncrétistes sont habituellement lus par des membres de la famille entre deux sanglots. On est loin (très loin !) de la puissance spirituelle d’une épître de Saint Paul ou des rappels solennels du livre de Job que le lectionnaire officiel prévoit pour la célébration. Rappelons que celui-ci propose de nombreuses possibilités que le prêtre peut choisir en fonction des situations rencontrées.

Chants et musiques profanes

Régulièrement, la famille demande au prêtre de personnaliser la célébration par l’introduction de chants profanes. Cette pratique est si généralisée qu’elle semble désormais indéracinable ! Dans ce domaine également, l’émotion occupe la première place et certains CD sont incontournables... C’est ainsi qu’en lieu et place du « Processionnal d’Entrée », Jean-Jacques Goldman susurrera dans les baffles son célèbre « Puisque tu pars »... ; que le psaume sera remplacé par Céline Dion qui « s’envole » et qu’au défilé d’Offrande, Linda Lemay rappellera à tous ce qu’est « Une mère ». Cette porte ouverte au profane tue l’esprit religieux de la célébration et tout devient possible... Lors du dernier Adieu, Daniel Guichard évoquera le « vieux pardessus rapé » de papy et tous écouteront religieusement l’hymne d’un club de foot local dont cette même personne était un fervent supporter. A nouveau, on est très loin du « Requiem » et de la douce paix qu’apporte la liturgie catholique. Au nom de l’accueil et de l’adaptation, la liturgie des funérailles est souvent devenue une célébration des innombrables qualités du défunt sans ouverture vers la vie éternelle qui transcende l’existence.

Appauvrissement des gestes symboliques

La liturgie des funérailles prévoit des gestes symboliques qui évoquent les réalités spirituelles. Dans ce domaine, certains abus font tout simplement frémir. C’est ainsi que récemment, au début d’une célébration, le prêtre a remplacé la croix de l’autel par une photographie du défunt qui « trônait » en lieu et place du Maître des lieux. Au cours du même office, lors du défilé d’Offrande, il n’était évidemment plus question de baiser la patène ou de poser la main sur un crucifix, mais « de toucher le cercueil pour donner une dernière poignée de main à N. »... On est à nouveau loin du recueillement et de la noble simplicité des rites catholiques. On prétextera que certains de ces rites, comme l’encensement du corps, ne sont plus compris par les gens. Est-ce une raison pour les supprimer ? Ne faut-il pas tout simplement les expliquer dans un souci d’évangélisation ? Mais il est une question beaucoup plus grave : certains célébrants croient-ils encore en la puissance évocatrice de ces gestes et symboles ? En effet, dans certains cas, c’est tout simplement le prêtre qui trafique la célébration sous les yeux ahuris d’une famille qui se demande où elle est ! Il faut déplorer le manque de foi de nombreuses familles qui demandent des funérailles religieuses. Il faut également regretter la légèreté avec laquelle certains prêtres célèbrent les saints mystères et bradent le patrimoine spirituel de l’Eglise.

L’Eucharistie pour tous !

Lors des funérailles, la plupart des gens (pratiquants ou non...) viennent communier. Comment ? Pourquoi ? Dans quel état spirituel ? Croyant ou par sympathie ? Peu importe. Quasiment aucun rappel moral ou doctrinal n’est prononcé par le prêtre. La Communion est ainsi banalisée... Qui n’a jamais vu une hostie terminer tout simplement... dans une poche ! Dans ce domaine très grave, il revient au prêtre de discerner sur l’opportunité d’une célébration eucharistique qui n’est jamais un droit absolu.

Quelques pistes de réflexion en guise de conclusion

L’Eglise est ouverte à tous ! Mais ceux qui demandent son secours sont invités à accepter les rites qu’elle propose, que les prêtres doivent normalement célébrer dans leur intégralité. Le missel des défunts propose un large choix de prières et de lectures utilisables dans toutes les situations. Il serait peut-être bon d’oser dire à ceux qui souhaitent une célébration uniquement centrée sur le défunt qu’il existe d’autres lieux (salle polyvalente) plus appropriée pour une telle évocation. Il ne faut pas confondre « cérémonie d’adieu » et « prières pour le défunt ». Les deux peuvent évidemment être liées mais uniquement tournées vers Dieu, les yeux fixés vers le Ciel dans l’action de grâces et la supplication. Une telle démarche suppose un climat recueilli. Les funérailles chrétiennes ne doivent pas être une convenance sociale mais un acte de foi. C’est la communauté chrétienne qui prie pour un de ses membres. Il est utile de le rappeler ! Ce n’est jamais en bradant les trésors de la foi et de la liturgie que l’Eglise évangélise. C’est en permettant à ceux qui viennent à elle d’approcher du mystère de Dieu qu’elle peut leur ouvrir une porte vers la vie éternelle. Cette démarche n’est possible qu’à travers une liturgie digne, aux nobles gestes exécutés avec foi.