11/12/2016 - Humour liturgique... et grinçant


Dans la revue « L’Ouvroir liturgique », éditée il y a de nombreuses années par l’abbaye Saint André à Bruges, le courrier des lecteurs contient de nombreuses perles qui font sourire. Voici la question d’un séminariste suivie de la réponse des bons Pères de la rédaction.

« J’aimerai voir quelques dessins de dentelle d’aube. Ce devrait être une aube de luxe, car il s’agit d’une première messe ; elle serait exécutée en dentelle de L., c’est-à-dire en tulle brodé sur métier, par une tante qui habite L. et qui voudrait commencer aussitôt le travail. Le dessin peut demander beaucoup de besogne, peu importe. La dentelle doit avoir 1 mètre de haut et la broderie couvrir toute la surface du tulle. Je sais bien que la dentelle n’est pas liturgique, mais j’aimerais toutefois que le dessin soit conçu de façon liturgique. »

« La dentelle n’est pas liturgique ? Et pourquoi pas ? Jamais elle n’a été interdite. Vous trouverez sans peine dans nos revues, par exemple en feuilletant l’Ouvroir, quelques bons modèles d’entre-deux au crochet, en richelieu ou même en tulle brodé – bien que nous ignorions jusqu’à quel point ce genre de tulle brodé est semblable à la dentelle de L. ... Bien entendu, ces entre-deux sont étroits (de 5 à 25 cm de largeur). – Ce qui est anti-liturgique – c’est-à-dire  contraire non seulement aux décrets, mais aussi au simple bon sens et à la dignité du culte – ce sont les dentelles trop hautes, montant jusqu’aux genoux et au-delà ; car il faut que l’aube demeure une robe talaire de lin blanc. Nous n’avons aucun modèle haut d’un mètre à vous présenter ; et quand bien même nous en aurions, nous nous garderions bien de le communiquer à qui que soit. Il doit y avoir, dans les rédactions comme dans les bibliothèques, un « enfer » dont les portes s’ouvrent pour laisser entrer et non pour laisser sortir. Vous ne vous imaginez pas que l’Apostolat liturgique consentirait à se rendre complice d’un crime de lèse-liturgie et de lèse-bon-goût. – Quand au jeune prêtre qui se prépare à donner, à sa Première Messe, ce mauvais exemple, nous ne pouvons que le plaindre ; ou plutôt, nous dirons un Ave pour sa conversion et pour celle de sa tante ! Vous n’aurez pas de peine à trouver dans les catalogues illustrés du Bon Marché, du Louvre, du Printemps, de l’Innovation... des modèles de dentelles d’un mètre de haut : ils sont destinés, comme il convient, à des stores et à des rideaux. Ces décors, direz-vous, sont « profanes », et vous demandez des « motifs liturgiques », ces-à-dire des symboles religieux. Soit, mais la plupart de ces dessins dits « profanes » sont des motifs végétaux ou géométriques, qui, à l’église, font encore moins mauvais effet que des calices ou des agneaux en caricature, ou que des croix, des IHS ou des chrismes placés à des endroits peu dignes. »