1/12/2016 - Les abus liturgiques... Ce n'est pas du neuf !

Les paroissiens sont parfois surpris...

Les abus liturgiques... Ce n'est pas du neuf !

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, les abus liturgiques ne sont pas liés à un rite particulier. La forme ordinaire (missel de 1969) n’est pas synonyme de laxisme liturgique dont le seul remède serait la (re)découverte du missel tridentin. C’est pourtant ce que sous-entendent les partisans d’une « réforme de la réforme » qui souhaitent introduire dans le missel du Bienheureux Paul VI des éléments de l’ancien rite. Cette option, répandue dans certains milieux « conservateurs » mésestime la réforme liturgique et en refuse pratiquement certains aspects.

Historiquement, et c’est à déplorer, la dérogation plus ou moins consciente aux règles liturgiques fait partie de la vie de l’Eglise qui rappelle sans cesse la norme face aux abus. Ainsi, dès le début de la prédication apostolique, saint Paul réprouve les dérives qui se glissent dans les Assemblées chrétiennes de Corinthe. Dans le chapitre 11 de son épître aux Corinthiens, l’apôtre attire l’attention sur le fait que les hommes prient et prophétisent la tête couverte alors que les femmes ont la tête nue. Il poursuit en dénonçant les inégalités entre les riches et les pauvres. Enfin, il regrette l’indignité avec laquelle certains communient. Pour y remédier, saint Paul rappelle que le Christ doit être au centre de la célébration et cite intégralement les paroles de l’institution de l’Eucharistie.

Pour réagir face à la diversité des rites qui nuisent de plus en plus à l’unité liturgique de l’Eglise, le Concile de Trente (1545-1563) établit des règles précises pour la célébration de la Messe. Dans ce sens, le missel « de saint Pie V » est un chef d’œuvre de codification et les nombreux manuels qui ont été imprimé depuis cette époque attestent du sérieux de cette réforme. Est-ce pour autant la fin des abus liturgiques ? Hélas non, et les innombrables mandements et rappels à l’usage du clergé relèvent régulièrement les erreurs à ne pas commettre. La lecture de certains avis éclaire sur la situation générale. En effet, un cas isolé ne nécessite pas des remontrances collectives ! Il est donc permit d’établir qu’un missel, même codifié à l’extrême, ne constitue pas un rempart contre les défauts d’intention et les erreurs du célébrant.

En 1909, le Père Caron, prêtre de Saint-Sulpice, publie « Les cérémonies de la messe basse » sur les fautes à ne pas commettre lors de la célébration de la Messe. Cet ouvrage, parmi tant d’autres du même genre, illustre le climat liturgique de l’époque et apporte un éclairage sur la formation sacerdotale au début du 20ème siècle. A titre d’exemple, le religieux écrit :
« On va de la sacristie à l’autel la tête découverte ; ou bien on marche précipitamment. Au lieu de quitter la calotte à la sacristie, on la quitte en arrivant à l’autel et on la pose dessus : on n’y doit poser que ce qui sert à la messe. Après avoir fait la génuflexion ou l’inclination profonde, au bas de l’autel, au commencement et à la fin de la messe, quelques-uns font encore une inclination de la tête : il faut s’en abstenir. On baise l’autel par le côté, tandis qu’on doit le baiser au milieu. Après l’évangile, en baisant le texte, on baise le premier endroit qui se présente : il faut baiser le commencement. On prononce avec effort les paroles de la consécration, en remuant la tête à chaque mot, ou bien on tient le pied droit levé et on l’appuie par le bout sur le marchepied : il faut éviter l’un et l’autre. A la consécration du vin, certains prêtres tiennent la bouche au-dessus de la coupe, de manière à prononcer les paroles au-dedans du calice : cela n’est pas décent. En faisant l’élévation, tant de l’hostie que du calice, il faut élever l’une et l’autre en ligne droite, et on pèche si on ne les suit pas des yeux pendant cette action. Quelques-uns font une raie sur l’hostie avant la fraction : c’est une irrévérence, il faut faire cette raie en préparant le calice. Au Domine non sum dignus, plusieurs étendent entièrement le bras pour se frapper la poitrine avec force : il faut seulement remuer l’avant-bras, se frapper légèrement et poser ensuite sans bruit la main sur l’autel. Pour communier, on presse l’hostie entre les lèvres et il peut y rester des particules qui, s’attachant ensuite sur les bords du calice, sont exposées à être perdues quand on l’essuie : c’est une notable irrévérence. En prenant le précieux Sang, on suce le calice avec bruit et affection, ce qui choque les assistants. C’est une faute, à l’évangile de saint Jean de dire Dominus vobiscum avant d’être arrivé au coin de l’autel, et de faire la génuflexion à Et verbum caro factum est, en se tournant vers la croix, tandis que la règle prescrit de faire la génuflexion vers l’angle du gradin de l’autel.  S’il faut éviter la trop grande longueur qui fatigue les assistants, on doit encore plus être en garde contre la précipitation qui les scandalise. Le prêtre sera donc très attentif à prononcer avec gravité, sans manger une partie des mots comme il arrive ordinairement à ceux qui vont trop vite, et à joindre les cérémonies aux paroles qui doivent les accompagner. C’est surtout en faisant le signe de croix sur les dons sacrés, qu’il évitera cette agitation ridicule des mains qu’un saint appelle les cercles du diable. »

En lisant ces quelques lignes, on imagine aisément certaines célébrations d’autrefois pourtant régies par une multitude de rubriques très précises ! De tout temps, ce qui fait l’abus liturgique, ce n’est pas le rite en lui-même mais la façon de l’appréhender. Le missel n’appartient pas au prêtre... L’Eglise lui confie le rite pour qu’il le célèbre intégralement et pas pour qu’il le modifie à sa guise ou selon les goûts du moment. Selon l’intention du célébrant, n’importe quel rite, ordinaire ou extraordinaire, peut être célébré dignement ou donner lieu à un « spectacle » affligeant.

Le missel restauré par le Bienheureux Paul VI peut être utilisé dans la langue vernaculaire. De ce fait, « l’improvisation cléricale » est beaucoup plus facile qu’en latin ! Cette faculté est pour le prêtre l’occasion d’être d’autant plus rigoureux à lire mot à mot ce qui est écrit, et se rappeler qu’il n’est qu’un instrument au service de Dieu et certainement pas le Préfet pour le Culte divin !

28/11/2016 - Préparer la messe ?


Dans certaines paroisses, il existe une équipe dont la fonction est de « préparer la Messe ». Sous cette expression culinaire se cache une dérive liturgique qui semble aujourd’hui bien ancrée.

Si « préparer la Messe » consiste à approfondir ses connaissances liturgiques, méditer l’Ecriture Sainte et étudier les textes fondamentaux du Magistère de l’Eglise sans aucune implication cultuelle, ce genre d’initiative est à encourager.

Mais souvent, « préparer la Messe », revient à trafiquer les rites, à en omettre ou à en ajouter, à introduire des gestes incongrus (mais si « parlant » pour les « hommes et les femmes » d’aujourd’hui) dans la liturgie, pourtant codifiée par l’Eglise. Il est bon de rappeler que la Messe ne s’invente pas chaque dimanche mais qu’elle se reçoit comme un don de Dieu. Dans cette optique, il n’y a rien (ou presque !) à préparer ! Il n’y a qu’à appliquer ce qui est écrit dans le missel !

L’unique préparation consiste en une répartition (et répétition !) des services : lecteurs, acolytes, chantres... Il n’y a pas besoin de réunions interminables pour cela !

Cas particuliers

1. La prière universelle

Il s’agit habituellement de plusieurs intercessions ou intentions de prières proposées aux fidèles avant la Présentation des dons (Offertoire). Cette partie de la Messe qui conclut la Liturgie de la Parole ne doit pas devenir une tribune d’actualités mais inviter simplement à la prière. Il est bon de rappeler que des formulaires existent dans le Missel romain et qu’un livre officiel de prières universelles a été édité dans le cadre de la réforme liturgique. Ces prières se caractérisent par leur sobriété et empêchent de nombreux dérapages. Rédiger des prières destinées à l’usage liturgique est réservé à l’autorité compétente et nullement à une équipe dépourvue de formation théologique.

2. Le choix des chants

Il s’agit des cantiques exécutés pendant la Messe. Ici aussi, il convient de rappeler que la fonction première des cantiques est d’élever l’âme vers Dieu. Pour ce faire, il faut bannir des célébrations les chants profanes et ceux dont la musicalité est de qualité médiocre. Afin d’éviter une production abondante de photocopies et de cantiques « jetables » chaque semaine, il est bon de s’en tenir à un recueil établi qui propose des pièces pour chaque temps liturgique. Indéniablement, la répétition des mêmes cantiques, année après année, façonne la piété des fidèles. Rappelons à nouveau que le concile Vatican II a vivement encouragé le Grégorien dans la liturgie paroissiale. Beaucoup semblent sourds à cet appel !

Dans ce domaine également, le choix des cantiques ne doit pas faire l’objet de réunions interminables mais il revient au chef de chœur en accord avec le Curé de la paroisse. Une formation musicale et un sens liturgique sont deux qualités indispensables pour remplir cette fonction. Il est parfois préférable d’assister à une Messe lue que de subir un massacre musical et vocal même bien intentionné !

24/11/2016 - Conseils aux prêtres


 Extrait d’une homélie de saint Charles Borromée

Comprenez, mes frères, que rien n’est aussi nécessaire, pour des hommes d’Eglise, que l’oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. Je chanterai, dit le Prophète, et je serai attentif. Si tu administres les sacrements, mon frère, pense à ce que tu fais ; si tu célèbres la messe, pense à ce que tu offres ; si tu psalmodies au chœur, réfléchis à qui tu parles et à ce que tu dis ; si tu diriges les âmes, songe au sang qui les a lavées ; ainsi faites tout avec amour. C’est ainsi que nous pourrons vaincre facilement les innombrables difficultés que nous rencontrons nécessairement chaque jour, du fait de notre position. C’est ainsi que nous aurons la force d’engendrer le Christ en nous et chez les autres.

21/11/2016 - La propreté au service de la liturgie

Quand je visite une église, la première chose que je regarde (après le tabernacle bien entendu !), c’est l’état de propreté de la maison de Dieu ! La nappe de l’autel est est-elle propre et bien repassée, les fleurs sont-elles fraîches ou en plastique, le tapis est-il impeccable ou souillé ?... L’atmosphère est-elle accueillante ou triste et sale ?
Cette question peut sembler anecdotique. Au contraire, elle est essentielle car l’état d’une église en dit long sur le prêtre qui en a la charge et sur l’équipe qui veille sur elle. Ici, il n’est pas question de richesses mais simplement de la dignité du culte. Quand je vois un corporal froissé qui traîne à l’année sur l’autel dont le seul ornement est  un « faux-cierge » jaunâtre sur un chandelier qui n’a pas été nettoyé depuis des décennies,  j’imagine les célébrations... Quand je peux y assister, j’ai souvent la confirmation de mes craintes. Aube à la couleur douteuse et jaunie autour du cou, évidemment pas de chasuble, calice oxydé... Quelle tristesse. Comment, à la vue d’un tel spectacle, expliquer aux incroyants que l’Eucharistie est au centre de la vie de l’Eglise ? Une église peut être dépouillée... elle ne peut jamais être sale. Le linge et les ornements peuvent être simples... ils doivent toujours être propres !La liturgie est un avant-goût du ciel. Les célébrations doivent tendre vers cette réalité. Au nom d’une simplicité mal comprise, on est parfois tombé dans un laisser-aller de mauvais aloi. Il n’est pas toujours possible d’acheter du linge d’autel... il est toujours possible de le lessiver et de bien le repasser !

Quand j’aborde cette question avec des prêtres que je rencontre, j’entends souvent la même explication. On fait ce qu’on peut, avec ce que l’on a, et le nombre de paroissiens diminue sans cesse ! Oui bien sur, mais dans ce cas, n’est-il pas urgent de recentrer le culte dans une seule église bien entretenue et accueillante plutôt que de maintenir des célébrations dans une multitude d’églises vides et peu accueillantes ? Quand les conditions ne sont plus réunies pour que la Messe soit dignement célébrée, faut-il aller « jusqu’au bout du bout » ou regarder lucidement la situation ? Je suis convaincu qu’une seule Messe bien célébrée dans une église propre est un témoignage de foi éloquent.


La question de la propreté des églises et des objets du culte doit être au centre des préoccupations sacerdotales. L’autel n’est-il pas le premier « outil de travail » du prêtre, le point de départ de chacune de ses journées. La négligence dans ce domaine ne peut s’expliquer que par la routine qui peut à peu ferme les yeux et oublie le caractère sacré du Sanctuaire.

Cet oubli n’est hélas pas un fait nouveau. Dans un livre publié en 1883, « De la mission de l’Eglise dans la crise actuelle », l’abbé Balme-Frézol dresse un constat sans appel. « En ce qui regarde la propreté, on ne saurait trop déplorer la négligence et l’insouciance des curés et des prêtres en général à cet égard. Dans un grand nombre de paroisses, les objets affectés au culte sont dans un état déplorable de vétusté ou de malpropreté. Les nappes d’autel, les linges sacrés ne sont renouvelés que lorsqu’ils sont tout à fait repoussant. Les ornements dont on se sert ressemblent à de véritables oripeaux. Sans nous livrer aux réflexions qu’un état des choses pourraient faire naître, nous nous bornerons à demander à Messieurs les curés s’ils consentiraient à se servir d’objets semblables pour leur table, leur toilette, leur ameublement ; s’ils trouveraient bon qu’on ne prit pas autrement soi de ce qui est à leur usage personnel qu’ils n’en prennent eux-mêmes de ce qui est affecté au service divin. Est-ce trop leur demander que de réclamer, pour la maison de Dieu, l’ordre et la propreté qui règnent dans leur propre habitation ? »

La conclusion est simple. Si vous êtes confronté à ce genre de situation, ouvrez les yeux et cherchez des solutions. Réveillez-vous ! Un peu de bonne volonté peut faire des merveilles à condition de ne pas s’habituer à la médiocrité. Au travail, et bon courage !

17/11/2016 - Les deux Tables

Le chapitre 6 de l’évangile de Saint Jean est une bonne préparation à la Communion. Jésus enseigne qu’il est le Pain de vie. Il est bon de le lire régulièrement pour peu à peu entrer dans le mystère eucharistique.


Dieu nous donne la vie et nous invite tout d’abord à la table de sa Parole (Jn 6, 35-47) puis à la table de l’Eucharistie (Jn 6, 48-69). Chacune des deux parties du discours de Jésus commence par la même affirmation : « Je suis le Pain de vie » et termine par un appel à la foi. Celle-ci nous permet d’entendre la Parole de Dieu et ouvre nos yeux pour reconnaître le Christ dans le Pain consacré. L’une et l’autre table nous donnent la vie éternelle et nous conduisent à la résurrection. Les deux pains, celui de la Parole et celui de l’Eucharistie sont rompus et distribués par le prêtre.

A la Messe, chaque fidèle est invité à ses deux tables. La table de la Parole est offerte pendant la première partie de la célébration (lectures, psaume, évangile, homélie). Transformé par cet enseignement, le chrétien peut alors ouvrir son cœur et s’approcher de la table de l’Eucharistie. Heureux celui qui s’en approche dans la paix et dans la joie d’y recevoir le Corps du Christ.


Ces deux tables, la Parole et l’Eucharistie, sont les trésors de l’Eglise. L’une est la table de la Loi divine qui nous fait entrer dans le mystère de Dieu par la Révélation. L’autre est la table de l’autel sur laquelle repose le Victime sans tache, le Pain sanctifié, le Corps précieux de Jésus-Christ.

Dans l’Imitation de Jésus-Christ, traité spirituel de la fin du 14ème siècle, l’auteur nous offre une prière qui résume admirablement ce propos (IV, 11) : « Je te rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l’éternelle lumière, de nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des autres docteurs, cette table de la doctrine sainte. Je te rends grâce, ô Créateur et Rédempteur des hommes, de ce qu’afin de manifester ton amour au monde, tu as préparé un grand festin où tu nous offres  pour nourriture ton très saint Corps et ton Sang. »

12/11/2016 - Rite extraordinaire, homélies, populisme : nouvelles confidences du pape François

Vous trouverez ci-dessous une publication de M. l'Abbé Dominique Fabien Rimaz. Il publie quotidiennement des articles sur son blog "Le Suisse Rom@in" :   http://lesuisseromain.hautetfort.com/

Rite extraordinaire, homélies, populisme : nouvelles confidences du pape François


Dans tes yeux se trouve ma parole, tel est le titre du livre qui sort en Italie ce 10 novembre et regroupe tous les discours, textes, messages et homélies de la période pendant laquelle Bergoglio était archevêque de Buenos Aires.
Tout ou du moins ce dont il reste une trace écrite ou dont il était possible de faire la retranscription à partir d’un enregistrement.
Un pavé de 950 pages qui s’ouvre par une nouvelle interview, intitulée « Les traces d’un pasteur », donnée au père Antonio Spadaro, jésuite, directeur de la Civilta Cattolica et auteur du premier entretien du pontificat en 2013.

L'occasion pour François de revenir sur un certain nombre de sujets d'actualité.
Le rite extraordinaire
« La simplicité des enfants, m’évoque, avec les adultes, un rite direct, où tout le monde participe, elle m’évoque des messes paroissiales où on expérimente une telle piété. Me viennent à l’esprit des propositions visant à pousser les prêtres à tourner le dos aux fidèles, à repenser Vatican II, à employer le latin. Et cela pas seulement pour des petits groupes mais pour tous », explique le père Spadaro.
Réponse du pape : « Le pape Benoît XVI a posé un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité présente dans certains groupes et parmi les personnes qui, nostalgiques, se sont éloignées. Mais c’est une exception. C’est pourquoi on parle de rite "extraordinaire". L’ordinaire de la messe, ce n’est pas cela. On doit aller à la rencontre de ceux qui sont liés à une certaine manière de prier, il faut être magnanime. Mais l’ordinaire ce n’est pas cela. Vatican II et Sacrosantum Consilium doivent être appliquées tels quels. Parler de la "réforme de la réforme" est une erreur. »

Analyse de M. l'Abbé Dominique Fabien Rimaz :

- Le rite extraordinaire n'existe pas. Il n'y a dans l'Eglise latine qu'un seul et unique rite romain, sous deux formes: ordinaire (selon le bienheureux Paul VI) et extraordinaire (Saint Jean XXIII). Joseph Ratzinger disait bien: ce que l'Eglise a promu saintement durant des siècles ne saurait être abrogé. Il avait eu l'audace de le dire clairement et humblement au bienheureux Pape Paul VI. Dans son livre "derniers entretiens", le Pape émérite développe sa volonté de réconcilier l'Eglise avec elle-même. - il est avéré que le Pape Benoît XVI, et le Cardinal Ratzinger, grand spécialiste de la liturgie, n'a jamais utilisé le terme "réforme de la réforme". Sa ligne n'a nullement été de rendre la forme extraordinaire ordinaire. Comme le dit également le Pape François, c'est une exception. Le Cardinal Ratzinger a toujours été pour une diversité liturgique, dans la fidélité à l'Eglise. Il ne célébrait d'ailleurs que la forme ordinaire.
- Les textes de Benoît XVI sont totalement dans la ligne de Sacrosanctum Consilium, la première constitution du Concile Vatican II. Tout comme les interventions du Cardinal Sarah.
- Le Cardinal Sarah, préfet de la congrégation pour la discipline des sacrements, va dans cette même ligne que le Pape émérite, dont les intuitions spirituels résident dans son livre "l'esprit de la liturgie", titre qui reprend celui de Romano Guardini. Pour le Cardinal Sarah, la réforme de la réforme, comprise comme une réécriture des normes liturgiques est bien sûr une erreur. Le Cardinal Sarah et le Pape François se sont d'ailleurs rencontrés; cela à donner lieu à un communiqué du Père Lombardi (pas très clair).
- L'expression réforme de la réforme est piégée, voilà ce que veut dire le Pape. Le Cardinal en charge de la liturgie s'est expliqué: réforme de la réforme n'est pas à prendre dans le sens d'une réécriture de la réforme liturgique opérée à la suite du Concile Vatican II, mais bien à une réforme de son application dans les faits. Les prêtres doivent se réformer, se convertir, se remettre dans le moule (reformer, remettre dans la forme originale) et célébrer la Messe selon la réforme authentique du Concile Vatican II et de ses applications postérieures, soit célébrer la liturgie de l'Eglise. L'enjeu de la réforme est là.
- Il est tout à fait dans l'esprit de la liturgie de Vatican II de célébrer en latin, en se tournant vers l'Orient, face à Dieu. Cela dépend des circonstances. Les deux manières sont possibles dans la forme ordinaire. Il suffit de lire les rubriques et le Missel romain. Les normes liturgiques sont tout à fait claires. La messe en latin et une mauvaise expression, car elle ne concerne pas que la forme extraordinaire, mais aussi le forme ordinaire.
- Il est donc important d'analyser la réalité désignée par des mots. Si on n'en reste qu'aux mots, l'idéologie prend le dessus, et on oppose le Cardinal Sarah au Pape. Cela ne laisse malheureusement pas transparaître la véritable pensée du Pape François, qui ne contredit ni le Cardinal Sarah, ni le Pape émérite Benoît XVI. Cela fera simplement couler beaucoup d'encre et nous compliquera la vie.

11/11/2016 - La communauté St-Martin

Ce jeudi, KTO diffusait un magnifique reportage sur la communauté St-Martin. N'hésitez pas à le regarder ! Vous y verrez des prêtres bien formés, fidèles à l'Eglise et soucieux de la liturgie. Précisons que la communauté St-Martin rend de nombreux services aux diocèses. Ses prêtres renforcent le clergé local en prenant en charge des paroisses, des aumôneries, des mouvements de jeunesse, des centres de formation... Ils s'insèrent pleinement dans l'Eglise et ne créent pas une "Eglise dans l'Eglise". Prions pour cette belle communauté !



11/11/2016 - Est-ce si difficile ? (Message d'un fidèle)


J’ai assisté à des dizaines de Messes dans des endroits variés : paroisses, sanctuaires, cathédrales... Le constat est souvent douloureux ! Dans la grande majorité des cas, je m’aperçois que les prières de la Messe sont adaptées et que des gestes liturgiques sont tout simplement omis ou transformés. La plupart des fidèles sont habitués à ces célébrations et s’imaginent que cette situation est normale. Chaque prêtre, certainement de bonne foi, y va de son complet. Ainsi, récemment, alors que j’assistais à l’Eucharistie, le prêtre a utilisé dans la Prière eucharistique l’expression « êtres humains » pour ne pas dire « hommes » sans doute jugé trop exclusif. De fait, plus largement, le mot « femme » est continuellement accolé au mot « homme » pour n’exclure personne. Dans ce cas, la méconnaissance du français s’ajoute au bricolage liturgique. Après la prière du Notre Père, inutile d’attendre l’embolisme (Délivre-nous de tous mal...) : il ne viendra jamais... Et ainsi de suite... Le constat est souvent le même. Est-ce si difficile pour le prêtre de lire ce qui est écrit dans le missel, tout simplement, sans ajout ni retrait. La liturgie se reçoit dans la foi et l’obéissance. Le missel n’est pas un livre de recettes à adapter au gré des saisons. Il est bon de le rappeler et d’encourager les prêtres qui célèbrent la Messe dans le respect et l’amour des règles liturgiques.
 M.F.

05/11/2016 - La Messe : Chemin de rédemption

   
   Tourner son regard vers la Croix et s’unir au Christ 
La Messe est le renouvellement du sacrifice de la croix, le mémorial de Pâques du Christ et un banquet sacré. Même si nous évoquons la mort de Jésus qui a été flagellé, couronné d’épines et crucifié, la Messe n’est pas une célébration morbide. L’Eglise, qui a reçu la mission de perpétuer ce sacrifice, fait de la mort du Christ une fête, une célébration de joie et de paix. 
Cette optique doit imprégner la vie du chrétien. Le christianisme n’est pas une religion de mort, mais de vie. En effet, unies à celles du Christ, les souffrances du chrétien ne sont pas sans espoir. Elles se mêlent à la Passion du Christ, comme la goutte d’eau se mélange au vin lors de la Présentation des dons. Par cette union, les souffrances deviennent « glorieuses » et rédemptrices. 
Par delà la Passion, la Messe nous conduit sur le chemin de la résurrection. Chaque dimanche, c’est le mystère pascal que nous célébrons, la mort et la vie du Christ ! Chaque Messe est une Pâque, un passage de la mort à la vie, une anticipation de notre vie future. Dans ce sens, accepter de souffrir (Offrande des contrariétés quotidiennes) et de mourir (Renoncer aux futilités) avec le Christ, c’est déjà ressusciter avec Lui. La Messe nous applique les fruits de la passion du Christ et sa première conséquence est la vie bienheureuse qu’il nous promet. La communion, union au Christ, nous assure cette immortalité. « Celui qui mange ma chair a la vie éternelle ». 
Tourner son regard vers la Croix pour apercevoir l’aube de la résurrection 
La croix, instrument de supplice, est devenue symbole de vie et de victoire. Elle est omniprésente dans les églises : sur l’autel, sur la pierre d’autel, sur les ornements... Le signe de la croix est fait à plusieurs reprises au cours de la célébration : au début et la fin, à l’évangile, et à la consécration. 
Ce qui est le plus important sur un autel, ce n’est pas le tabernacle, c’est la croix. On peut célébrer la Messe sans tabernacle, mais pas sans croix ! Si la messe est célébrée face aux fidèles, la croix rappelle que le prêtre n’est pas au centre de la célébration, mais qu’il doit s’effacer devant le mystère qu’il actualise. L’autel n’est pas une simple table, il représente symboliquement le Christ, pierre angulaire, victime offerte pour le salut du monde. 
L’introduction du Missel romain (Edition 2002), rappelle simplement cette évidence : " 308. De même, sur l'autel ou à proximité, il y aura une croix, bien visible pour l'assemblée, et portant l'effigie du Christ crucifié."