29/10/2016 - Entrer dans le mystère de la Messe - Présentation générale du missel romain (PGMR)


Entrer dans le mystère de la Messe - Présentation générale du missel romain (PGMR)

La Messe est un mystère de foi qui rythme notre vie chrétienne. L’idéal serait de vivre chaque célébration avec la fraîcheur d’un cœur renouvelé par la grâce pour en recueillir une multitude de fruits spirituels. Afin de préserver le rite de toutes dégradations, l’Eglise promulgue des règles qui en garantissent l’intégrité doctrinale. Dans cet article, rappelons quelques fondamentaux en parcourant la Présentation générale du missel romain (Missel de Paul VI - Edition latine « tertia typica »)

1. La Messe est le renouvellement du sacrifice de la Croix

« La nature sacrificielle de la messe, solennellement affirmée par le concile de Trente , en accord avec toute la tradition de l´Église, a été professée de nouveau par le IIe concile du Vatican, qui a émis, au sujet de la messe, ces paroles significatives: "Notre Sauveur, à la dernière Cène ..., institua le sacrifice eucharistique de son corps et de son sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu´à ce qu´il vienne, et en outre pour confier à l´Église, son épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection."

Ce qui est ainsi enseigné par le concile est exprimé de façon concordante par les formules de la messe. En effet, la doctrine signifiée avec précision par cette phrase d'un sacramentaire ancien, appelé léonien: "Chaque fois que nous célébrons ce sacrifice en mémorial, c´est l´œuvre de notre rédemption qui s´accomplit", cette doctrine est développée clairement et soigneusement dans les prières eucharistiques: dans ces prières, en effet, lorsque le prêtre accomplit l´anamnèse, en s´adressant à Dieu au nom de tout le peuple, il lui rend grâce et lui offre le sacrifice vivant et saint, c´est-à-dire l´oblation de l´Église et la victime par l´immolation de laquelle Dieu nous a rétablis dans son Alliance, et il prie pour que le Corps et le Sang du Christ soient un sacrifice digne du Père et qui sauve le monde.

C´est ainsi que dans le nouveau Missel, la "règle de prière" (lex orandi) de l´Église correspond à sa constante "règle de foi" (lex credendi); celle-ci nous avertit que, sauf la manière d´offrir qui est différente, il y a identité entre le sacrifice de la croix et son renouvellement sacramentel à la messe que le Christ Seigneur a institué à la dernière Cène et qu´il a ordonné à ses Apôtres de faire en mémoire de lui; et que, par conséquent, la messe est tout ensemble sacrifice de louange, d´action de grâce, de propitiation et de satisfaction. » (Préambule II, 2)

2. La Messe est le mémorial de la Pâque du Christ

« Il est donc de la plus grande importance que la célébration de la messe, c´est-à-dire de la Cène du Seigneur, soit réglée de telle façon que les ministres et les fidèles, y participant selon leur condition, en recueillent pleinement les fruits que le Christ Seigneur a voulu nous faire obtenir en instituant le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang, et en le confiant, comme le mémorial de sa passion et de sa résurrection, à l´Église, son Épouse bien-aimée. » (Chapitre 1,2)

3. La Messe est un banquet sacré

« A la messe ou Cène du Seigneur, le peuple de Dieu est convoqué et rassemblé, sous la présidence du prêtre, qui représente la personne du Christ, pour célébrer le mémorial du Seigneur, ou sacrifice eucharistique. C´est pourquoi ce rassemblement local de la sainte Église réalise de façon éminente la promesse du Christ: "Lorsque deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d´eux" (Mt 18,20). En effet, dans la célébration de la messe où est perpétué le sacrifice de la croix, le Christ est réellement présent dans l´assemblée elle-même réunie en son nom, dans la personne du ministre, dans sa parole et aussi, mais de façon substantielle et continuelle, sous les espèces eucharistiques.

La messe comporte comme deux parties: la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique; mais elles sont si étroitement liées qu´elles forment un seul acte de culte. En effet, la messe dresse la table aussi bien de la parole de Dieu que du Corps du Seigneur, où les fidèles sont instruits et restaurés. » (Chapitre II,1)

25/10/2016 - Chanter en latin, c'est ennuyeux ! Vraiment ?



Le latin est considéré à tort comme la langue « sacrée » de l’Eglise. Les apôtres ne priaient pas en latin. Les premières liturgies étaient célébrées en araméen au cours d’un repas. Rapidement, le grec a été largement utilisé pour le culte (Kyrie eleïson) pour être supplanté par le latin dans l’Antiquité tardive.

Une langue évolue souvent par son usage. D’après les historiens de la liturgie, il semble que le latin utilisé couramment par le peuple différait du latin liturgique. Très vite, celui-ci s’est figé dans des formulations convenues et étrangères à l’ensemble des fidèles. Quand le latin est tombé peu à peu en désuétude, au profit des langues actuelles (qui ont subit de nombreuses évolutions), il est resté la langue de l’Eglise. Son caractère de langue morte, figé, garantissait la constance doctrinale et un usage universel.

Le culte était alors célébré et chanté exclusivement en latin. Néanmoins, comme expliqué ci-dessus, le problème de la compréhension existait déjà. Très vite, il y a eu un décalage entre l’action du clergé et des chantres dans le Sanctuaire, et la piété des fidèles qui s’est développée dans une para-liturgie plus sentimentale que doctrinale.

Le chant grégorien est le premier sommet de la musique occidentale. Il est monodique (chant à une seule voix) et trouve son origine dans la Renaissance carolingienne, mouvement culturel influencé par Charlemagne. Le grégorien est « le chant par excellence de l’Eglise » comme le souligne le cérémonial de Clément VIII en 1600.

Sa pratique habituelle est réservée aux initiés et ne peut être considéré comme « populaire ». Les fidèles contemplent la splendeur du culte et écoutent le grégorien qui soutient la prière et élève l’âme. Le but recherché n’est pas la compréhension au sens moderne du terme, mais une communion avec le Sacré, avec la réalité céleste présente sur l’autel. Une barrière spirituelle (latin, grégorien) et architecturale (jubé) sépare le clergé des fidèles. Cela n’empêche pas une  intense communion et une compréhension (à divers niveaux) des mystères célébrés. La piété des fidèles, souvent exubérante, s’extériorise alors à l’occasion de pèlerinages ou de processions qui offrent une piété populaire plus accessible que le culte officiel.

Il faut attendre le Concile de Trente (1545-1563) pour voit émerger un souci de participation des fidèles à la liturgie. L’enjeu est de taille. Alors que les réformateurs protestants nient le caractère sacrificiel de la Messe et réduisent la liturgie à un simple mémorial, le clergé catholique fait œuvre catéchétique et doit faire redécouvrir au peuple la beauté et la nécessité de la Messe. Ce mouvement de contre-réforme voit la diffusion des premiers manuels de piété qui proposent aux fidèles de s’unir directement aux prières du prêtre.

En 1903, dans le Motu proprio « Tra le sollicitudini » qui traite de la musique sacrée, Saint Pie X dit que celle-ci « doit être sainte, et par suite exclure tout ce qui la rend profane, non seulement en elle-même, mais encore dans la façon dont les exécutants la présentent. Elle doit être un art véritable; S'il en était autrement, elle ne pourrait avoir sur l'esprit des auditeurs l'influence heureuse que l'Eglise entend exercer en l'admettant dans sa liturgie. Mais elle doit aussi être universelle, en ce sens que s'il est permis à chaque nation d'adopter dans les compositions ecclésiastiques les formes particulières qui constituent d'une certaine façon le caractère propre de sa musique, ces formes seront néanmoins subordonnées aux caractères généraux de la musique sacrée, de manière à ce que personne d'une autre nation ne puisse, à leur audition, éprouver une impression fâcheuse. »
Ce pape affirme ensuite « Ces qualités, le chant grégorien les possède au suprême degré; pour cette raison, il est le chant propre de l'Eglise romaine, le seul chant dont elle a hérité des anciens Pères, celui que dans le cours des siècles elle a gardé avec un soin jaloux dans ses livres liturgiques, qu'elle présente directement comme sien aux fidèles, qu'elle prescrit exclusivement dans certaines parties de la liturgie, et dont de récentes études ont si heureusement rétabli l'intégrité et la pureté. Pour ces motifs, le chant grégorien a toujours été considéré comme le plus parfait modèle de la musique sacrée, car on peut établir à bon droit la règle générale suivante: Une composition musicale ecclésiastique est d'autant plus sacrée et liturgique que, par l'allure, par l'inspiration et par le goût, elle se rapproche davantage de la mélodie grégorienne, et elle est d'autant moins digne de l'Eglise qu'elle s'écarte davantage de ce suprême modèle. L'antique chant grégorien traditionnel devra donc être largement rétabli dans les fonctions du culte, tous devant tenir pour certain qu'un office religieux ne perd rien de sa solennité quand il n'est accompagné d'aucune autre musique que de celle-là. Que l'on ait un soin tout particulier à rétablir l'usage du chant grégorien parmi le peuple, afin que de nouveau les fidèles prennent, comme autrefois, une part plus active dans la célébration des offices. »

Dans la Constitution « Sacrosanctum Concilium », le Concile Vatican II souligne l’importance du chant grégorien dans la liturgie (n°116) : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. Les autres genres de musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec l’esprit de l’action liturgique, conformément à l’article 30. »

En 2011, dans une lettre envoyée au cardinal Zenon Grocholewski, Grand Chancelier de l’Institut pontifical de musique sacrée, Benoît XVI a rappelé le « primat du chant grégorien » et l’importance de la musique sacrée. « Nous devons toujours nous redemander : qui est le sujet authentique de la liturgie ? La réponse est simple : l’Eglise. Ce n’est pas un individu ou un groupe qui célèbre la liturgie, mais c’est en premier lieu l’action de Dieu à travers l’Eglise qui a son histoire, sa riche tradition et sa créativité ».

Considérant ces nombreux encouragements, il semble important de redécouvrir le grégorien dans les paroisses. Malheureusement, sa pratique a été largement abandonnée depuis quelques décennies et mérite d’être redécouverte non seulement en raison de la valeur artistique et historique de ce chant mais surtout pour l’élévation spirituelle qu’il procure aux fidèles. Effectivement, il n’y a aucune comparaison possible entre le « Kyrie eleison » et « Jésus, berger de tout humanité » ou entre le « Requiem » et « Ajoute un couvert à ta table »... En liturgie, comme en toute chose, il y a ce qui demeure (car conforme à la vraie Tradition de l’Eglise) et ce qui passe (sous l’effet de la « mode » du moment).

Quelques objections

Le chant grégorien : On n’y comprend rien !

L’argument de la compréhension est souvent avancé pour éradiquer de la liturgie le moindre mot de latin. Il convient de rappeler que le but de la liturgie n’est pas de tout comprendre, mais d’entrer dans le mystère de Dieu, par la vue, l’audition et l’odorat (usage de l’encens). De plus, il existe des livrets, missels et photocopies (facilement réalisables) qui peuvent aider les fidèles à une meilleure compréhension et participation. La langue vernaculaire n’empêche pas les distractions... Il suffit d’essayer de se rappeler l’évangile du jour, quelques heures après sa proclamation dans la langue du peuple ( !) pour se rendre compte du degré d’attention générale pendant la Messe... Par le chant et la musique sacrée, l’âme quitte les préoccupations terrestres pour s’élever spirituellement. Dans ce sens, le caractère apaisant du grégorien est a souligné et est reconnu même par des « incroyants » qui écoutent volontiers ces chants sur CD ou à l’occasion de concerts.

Il faut être professionnel pour chanter du grégorien

Absolument pas ! Il faut peut-être plus d’entraînement et de travail pour l’apprendre mais c’est évidemment possible, à condition de bien choisir les pièces à exécuter. Il convient de choisir des pièces abordables et d’alterner avec des cantiques populaires qui demandent moins de répétitions. Il y a des pièces grégoriennes qui font partie du « patrimoine populaire » et qui sont appréciées par de nombreux fidèles. Il suffit d’assister à des grandes célébrations à Rome ou à Lourdes pour se rendre compte que beaucoup chantent de bon cœur le fameux « Credo III » !

C’est vieillot !

Par son histoire multi séculaire, le chant grégorien est « indémodable ». Par contre, il est facile de constater que de nombreux chants exécutés dans la plupart des paroisses sont fortement marqués par les goûts musicaux et les idées du moment. Il est clair que des chants tel que « Laisserons-nous à notre table... » ou « Peuple de frères... » rejoindront vite les oubliettes de l’histoire. La qualité du chant grégorien repose sur l’usage de l’Ecriture Sainte (qui ne se démode pas) et sur la qualité musicale qui en fait sa richesse.

20/10/2016 - Souvenirs

A l'heure de l'informatique, profitons de ces vidéos afin qu'elles raniment en nous des expériences spirituelles !
A l'occasion de l'année du sacerdoce, des centaines de prêtres chantent le Salve Regina sur la Place Saint-Pierre :

Saint Jean-Paul II chante le Notre Père de tout son coeur, avec une grande ferveur :


17/10/2016 - Méditation


 Extrait d’une homélie de saint Grégoire le Grand sur le sacerdoce :

Considérez, frères très chers, considérez le poids de cette parole : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Vous-mêmes, priez pour nous, afin que nous puissions faire le travail auquel vous avez droit : que notre langue ne soit pas engourdie, quand il faut exhorter ; une fois que nous avons accepté la charge de la prédication, que notre silence ne nous assigne pas devant le juste juge ! Souvent en effet, la langue des prédicateurs est paralysée par leurs mauvaises dispositions ; mais souvent c’est par la faute de leurs peuples que les supérieurs s’abstiennent de prêcher.

16/10/2016 - Promenade sur le web



Régulièrement, je consulte les sites d’informations religieuses. Ainsi, je me promène virtuellement dans certains diocèses, je regarde les photos de célébrations et de pèlerinages des différentes fraternités sacerdotales ou communautés religieuses. Ce gentil passe-temps est souvent très instructif car la présentation de ces sites illustre la façon dont leurs responsables se perçoivent et se présentent. Pour faire bref : « Dis-moi ce que tu montres de toi sur Internet et je te dirai qui tu es ». Ici, il n’est pas question de polémique mais uniquement d’un avis (purement subjectif) concernant des photos, des articles et des commentaires visibles sur des sites officiels !

Récemment, j’ai consulté le site officiel d’une fraternité « traditionnelle » (forme extraordinaire). J’ai regardé attentivement les nombreuses photos des célébrations et j’ai partagé mes avis avec un ami prêtre. Ce qui a retenu notre attention, c’est l’impression de « vieux » qui se dégage de ces clichés... Il est quasiment possible de sentir le suint à travers l’écran. Pour la Messe solennelle, on voit un prêtre revêtu d’une chape verte trop courte, puis d’une chasuble romaine visiblement décolorée et usée par les années. Une photo montre un voile de lutrin de la même « couleur » qui « pendouille » et traine sur le sol. Tout est du même tonneau et manque de fraîcheur... oserais-je dire de dignité... Sur le même site, mais à l’occasion d’un pèlerinage, on voit un prêtre portant une chape blanche élimée jusqu’à la corde et bordée d’un galon anciennement doré et tout oxydé. L’impression qui s’en dégage est triste... Tout semble figé à une époque. Tout a certainement été beau et propre... mais il y a cinquante ans...

Transition radicale, j’ai ensuite regardé les photos d’une « messe pour enfants » sur le site d’un diocèse français (Forme ordinaire). On y voit un prêtre affublé d’une simple étole en tricot (merci mamy !). Tous font une ronde autour de l’autel. Ici, il est quasiment possible d’entendre le brouhaha à travers l’écran. Rien n’élève l’âme... Il n’y a pas de croix sur la table qui sert d’autel, mais de nombreux gribouillis (dessins ?) qui cherchent sans doute à illustrer l’évangile du jour. Ici aussi, tout semble figé à une époque. On est au début des années quatre-vingt. Visiblement, le prêtre doit répéter son numéro depuis cette époque, sans remise en question... finalement dans un esprit très « traditionnel » !

L’impression générale est la même à la vue de ces deux sites. Le temps s’est arrêté des deux côtés, mais la montre ne donne pas la même heure... Tous vivent dans l’illusion d’une époque révolue, dans le déni de la vie présente de l’Eglise. La conclusion semble facile. Est-ce si difficile de célébrer comme le demande l’Eglise, en appliquant les rubriques du Missel actuel ?  L’application de la réforme liturgique n’en est qu’à ses débuts. Certains signes sont encourageants. De-ci de-là, on commence à voir des prêtres et des communautés prêts à relever ce défi. Deo gratias !

Abbé P.L.

14/10/2016 - Bricolage liturgique

Dans la plupart des paroisses, on assiste à des célébrations que l’on peut facilement ranger dans trois catégories.

Dans la première catégorie, sans doute la plus répandue, la liturgie est inventée, « renouvelée » chaque dimanche, bien loin des rubriques du missel romain. L’équipe liturgique fait office de magistère local et impose à une assemblée clairsemée les poncifs du moment. Après des décennies d’expérimentation et de promesses de renouveau pastoral, il faut reconnaître l’échec de cette option. Les gestes sacrés de la liturgie romaine font place à des célébrations douteuses vidées de toute transcendance. Elle ne produisent que des fruits à très courts termes et les générations d’enfants du catéchisme obligés d’y assister s’y succèdent sans aucune persévérance.



Dans la deuxième catégorie, beaucoup moins répandue, la liturgie est réinterprétée à partir de certaines rubriques de l’ancien missel. Cette option part d’une bonne intention mais aboutit également au subjectivisme. Le prêtre se fait également « Docteur en liturgie » et juge lui-même les gestes qu’il faut réintroduire dans le missel de Paul VI. On assiste à une messe « fourre-tout » au relent tridentin « modernisé ». Cette tentation, très fréquente chez les prêtres « classiques » est justifiée par un désir d’unité entre les formes ordinaire et extraordinaire du rite romain, en considérant que ce qui n’est pas formellement interdit par le missel restauré est permis. Le bulletin liturgique officiel « Notitiae » déclare le contraire en rappelant que « quand une règle n’est pas précisée, il ne faut pas automatiquement supposer que la rubrique ancienne prévaut ».



Dans la troisième catégorie, encore moins répandue, la liturgie est scrupuleusement respectée selon les rubriques du missel romain. La beauté du rite est mise en relief par la noble simplicité des gestes du prêtre qui respecte à la lettre ce qui est écrit. Cette option est celle de la fidélité à l’Eglise et au dernier Concile qui n’a pas « fabriqué » une nouvelle messe mais à souhaité rendre au missel sa beauté primitive par la suppression d’ajouts parfois tardifs. Ces célébrations, où chacun agit à la place voulue par l’Eglise (acolytes, lecteurs, chantres...) élèvent les âmes vers Dieu et font entrer dans le mystère eucharistique.


Il est important que le prêtre et les fidèles reçoivent le missel dans la foi et l’obéissance à l’Eglise. Y ajouter ou y retrancher quoi que ce soit, c’est tomber dans un particularisme fort éloigné du véritable esprit catholique, c’est-à-dire universel. 

11/10/2016 - Saint Jean XXIII

En ce 11 octobre, l'Eglise fête saint Jean XXIII. Demandons à ce grand pape d'intercéder pour que l'Eglise puisse répondre aux défits de ce temps en annonçant le Christ toujours et partout. 

Rappelons-nous les bons mots du pape Jean et son humour (journal : La croix)
Le pape Jean XXIII n’était pas seulement « bon », il était aussi drôle. Et ses bons mots franchirent vite les murs de ses appartements pour devenir célèbres. « Je vous en prie, ne rapportez pas mes phrases imprudentes ! », suppliait-il pourtant, lorsqu’il était encore patriarche de Venise.
À quelques jours de sa canonisation, à Rome, dimanche 27 avril, l’agence de presse américaine Catholic News Service a dressé la liste de dix de ses plaisanteries, rappelant son milieu d’origine simple, paysan, et son humour italien pince-sans-rire.
1. Au cours d’une visite dans un hôpital, Jean XXIII demandait à un enfant ce qu’il voudrait faire plus tard. Le garçon lui répondit : « Policier ou pape ». « Je choisirais la police si j’étais toi, rétorqua le pape. N’importe qui peut devenir pape, regarde-moi ! »
2. « Il arrive souvent que je me réveille la nuit, confiait Jean XXIII, et commence à penser aux problèmes graves qui affligent le monde, et je me dis qu’il faudra que j’en parle au pape. Et le lendemain en me réveillant, je me rappelle que le pape, c’est moi ».
3. À un journaliste qui lui demandait : « Combien de gens travaillent au Vatican ? », il aurait répondu : « À peu près la moitié ».
4. Alors qu’un cardinal se plaignait d’une augmentation des salaires au Vatican qui avait pour conséquence qu’un des huissiers allait gagner plus que lui-même, le pape remarqua : « Cet huissier a dix enfants ; j’espère qu’il n’en est pas de même pour le cardinal ».
5. Lorsqu’un soir, il rendit visite à un ami à l’hôpital du Saint-Esprit, proche du Vatican, la religieuse à l’accueil lui dit : « Saint-Père, je suis la mère supérieure du Saint-Esprit ». Et lui : « Quelle chance ! Quel titre ! Moi je ne suis que le serviteur des serviteurs de Dieu ».
6. Peu après son élection, Jean XXIII marchait dans les rues de Rome. Une femme passant à côté de lui dit à son amie : « Mon Dieu, comme il est gros ! » Entendant ces mots, il se tourna et lui répliqua : « Madame, j’espère que vous avez compris que le conclave n’était pas tout à fait un concours de beauté ».
7. Jean XXIII écrivit : « Il y a trois manières de se ruiner : les femmes, le jeu et l’agriculture. Mon père choisit la plus ennuyeuse ».
8. Alors qu’il était encore patriarche de Venise, le futur pape, parlant avec un riche Vénitien, lui dit : « Vous et moi avons une chose en commun : l’argent. Vous en avez beaucoup et moi pas du tout. La différence, c’est que moi je ne m’en inquiète pas ».
9. Lorsqu’un journaliste demanda à celui qui était alors patriarche de Venise ce qu’il ferait s’il pouvait vivre une autre vie, le pape répondit : « Journaliste ». Puis il sourit : « Maintenant voyons si vous avez le courage de me dire, si vous pouviez vivre une deuxième fois, que vous choisiriez patriarche ! »
10. Un responsable du Vatican affirma qu’il serait « absolument impossible » d’ouvrir le concile Vatican II en 1963. « Bien, rétorqua le pape Jean XXIII. Nous l’ouvrirons en 1962 ». Ce qu’il fit.
Source : http://www.la-croix.com/Religion/Les-bons-mots-du-pape-Jean-XXIII-2014-04-25-1141184

08/10/2016 - Appliquer la réforme liturgique


Analyse du Professeur Joseph Ratzinger - Le discours de Bamberg

Expert au Concile Vatican II, Joseph Ratzinger est convaincu de la nécessité de la réforme liturgique. Le missel a évolué au cours de l’histoire de l’Eglise, il semble normal que cette évolution se poursuive dans un développement organique, ancré dans la Tradition. Le 14 juillet 1966, lors du 81ème Katholikentag à Bamberg, le jeune professeur prononce un exposé dans lequel il répond aux détracteurs du renouveau liturgique.

Avec la perspicacité qui caractérise son enseignement, Joseph Ratzinger dresse le bilan de l’immédiat après-Concile et parle de « malaise », d’un « sentiment de désenchantement » et de « désillusion ». Il l’explique par l’influence grandissante de la sécularisation et la difficile mise en œuvre des réformes après l’enthousiasme des sessions conciliaires. Parmi les difficultés soulevées, il ne fait pas l’impasse sur les questions théologiques liées à la restauration du missel. Ces détracteurs dénoncent l’utilisation de la langue du peuple, l’importance accordée à la communauté et un certain iconoclasme à l’égard des richesses artistiques du passé. La réponse du jeune Professeur est claire. Il explique : « qu’il n’est pas difficile de montrer que l’argument du mystère ne vaut pas ; car, tout comme pour le fait de se retirer dans le silence d’une dévotion individuelle qui ne veut pas être dérangée par la communauté, à sa base, il y a une méconnaissance profonde de qu’est le culte chrétien de par sa nature. Ce culte est essentiellement annonce de la bonne nouvelle de Dieu à la communauté rassemblée, accueil de cette annonce par la communauté qui répond, parole de l’Eglise adressé en commun à Dieu, laquelle d’ailleurs interfère avec l’annonce. » Concernant l’usage exclusif du latin, langue morte et considérée par certains comme un rempart face aux errements dogmatiques, Joseph Ratzinger affirme que « la langue doit non pas voiler, mais découvrir, elle ne signifie pas isolement dans le silence de la prière individuelle, mais approche les uns des autres pour s’unir dans le nous des enfants de Dieu qui disent ensemble : « Notre Père » ». Il souligne ensuite l’importance décisive des évolutions voulues par le Concile Vatican II qui replace la Parole au centre de l’action liturgique qui au cours des siècles « s’était vidée en devenant rite ».

Certains affirment, et encore de nos jours, que la liturgie latine est intangible, fixée définitivement. A nouveau, le Professeur Ratzinger dénonce cette position qui « revient à ranger la liturgie dans le musée des antiquités, à la neutraliser dans l’esthétisme. Aussi, peut-on dire qu’aujourd’hui personne ne démontre d’une façon plus persuasive la nécessité et le bon droit de la réforme liturgique que ses adversaires. Car ce qu’ils défendent, c’est une fausse conception de la liturgie ; et par conséquent ce qu’ils démontrent, c’est que la liturgie, dans la forme qu’elle avait jusqu’alors, risquait de faire passer cette fausse conception pour la vraie. Pour juger de la réforme liturgique, il ne faut pas regarder si elle a fait augmenter le nombre de gens qui viennent à la messe, mais uniquement et seulement si elle répond au caractère fondamental de culte chrétien en tant que tel. »

Ces quelques lignes sont toujours d’actualité. Cinquante ans plus tard, la situation s’est même aggravée entre les tenants d’une liturgie « dé-ritualisée » obéissant aux sentiments subjectifs de l’assemblée, et les partisans d’un « retour en arrière » considéré comme une solution d’avenir (!!!). Pour Joseph Ratzinger la solution n’est ni dans une fuite en avant, ni dans « la dogmatisation du goût d’une période de l’histoire », mais dans une saine appropriation de la réforme liturgique. Devenu Pape, cette préoccupation reste très présente dans ses enseignements par l’herméneutique de la continuité qui présente le missel du bienheureux Paul VI comme la suite logique de celui de Saint Pie V. Dans le domaine liturgique, le prêtre n’agit pas selon ses goûts mais selon le missel que l’Eglise lui offre.

04/10/2016 - Benoît XVI et la liturgie

Benoît XVI a beaucoup écrit sur la question liturgique. Lors de son pontificat, il a montré pratiquement comment mettre en œuvre la réforme issue de Vatican II, dont il est un ardent promoteur et défenseur. Comme professeur, puis Cardinal, il a régulièrement déploré les abus liturgiques sans remettre en question les bienfaits de la liturgie restaurée du bienheureux Paul VI.


Le 7 juillet 2007, Benoît XVI promulgue le Motu Proprio « Summorum Pontificum » qui autorise la célébration de la Messe selon le Missel de 1962 qui devient la « Forme extraordinaire du rite romain ». Par ce geste, le pape souhaite « parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise » (Lettre explicative du le 30 avril 2011). En effet, comme cardinal puis comme Souverain Pontife, il semble certain que Joseph Ratzinger a été blessé par le schisme de Mgr Lefèbvre et ses terribles conséquences pour l’Eglise, plus particulièrement en France. Afin de ramener au bercail les brebis égarées, le pape a multiplié les gestes d’accueil et de bienveillance qui, il faut malheureusement le constater, restent aujourd’hui encore sans réponse concrète.

Il est incorrect de dire que Benoît XVI est un promoteur du missel de 1962. Récemment, dans une annonce parue sur un site traditionaliste, on pouvait lire que « la Messe est célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain (messe traditionnelle en latin telle qu’encouragée par le pape Benoit XVI). » Il s’agit d’un abus de langage car aucun passage du Motu proprio « Summorum Pontificum » et des documents explicatifs ne vont dans ce sens. Au contraire, il est bien rappelé que l’usage de l’ancien rite est une permission qui fait suite au Motu proprio « Ecclesia Dei adflicta » de Jean-Paul II en 1988.

Selon le très bon site de formation et d’information liturgique « Pro Liturgia » qui analyse le livre sur Benoît XVI de Peter Seewald (« Dernières conversations », éd. Fayard, 2016) « on voit très clairement que le but du Motu proprio « Summorum pontificum » n’est pas de permettre une « restauration » de l’ancienne façon de célébrer la liturgie (selon la forme dite « tridentin ») mais uniquement de montrer qu’il y a continuité entre cette ancienne façon et celle issue de la constitution conciliaire « Sacrosanctum Concilium ». Benoît XVI ajoute que « le rite doit évoluer ; (et que) la réforme était donc opportune. » (cf. p. 230)

De fait, lors de son pontificat, Benoît XVI n’a jamais célébré, même de façon privée, la Messe selon le missel de 1962. Ce « geste fort », attendu avec ardeur par de nombreux prêtres et fidèles des communautés « traditionnelles » n’a jamais eu lieu. Il a été dit que c’était pas crainte d’une mauvaise interprétation d’une telle célébration. Il suffit de lire les écrits de Joseph Ratzinger pour écarter pareille hypothèse. Le pape émérite est convaincu des bienfaits de la réforme liturgique et l’a souvent rappelé.


Expert au Concile Vatican II, il écrit dans son journal au sujet de la réforme liturgique issue du Concile de Trente (Joseph Ratzinger - Mon Concile Vatican II - Edition Artège) « La subordination de la liturgie à l’étiquette de cour aboutit par la suite à une véritable fossilisation de la liturgie, qui est ainsi passée du stade d’histoire vivante à celui de pure conservatoire des formes, ce qui condamnait en même temps la liturgie à un inévitable dessèchement intérieur. La liturgie fut fixée une fois pour toute, devenant ainsi une image encroûtée et perdant d’autant plus le contact avec la piété concrète des fidèles qu’on veillait davantage à l’intangibilité de ses formes extérieures. » (p.149) Un autre passage explique le fossé séparant le prêtre et les fidèles. Ainsi, Joseph Ratzinger « rappelle que Léon XIII (1810-1903) recommanda la récitation du rosaire pendant la Messe. Cela signifiait, en pratique, que pendant que le prêtre accomplissait les rites de sa liturgie fossilisée, le peuple récitait son chapelet, l’un et l’autre n’ayant d’autre chose en commun que leur présence en un même lieu et leur vénération commune pour la puissance sacrée du même sacrifice eucharistique. » (p.150)

Un dernier extrait de ce journal montre la nécessité de la réforme liturgique. Il est écrit comme conclusion à ce qui précède : « La complète indigence à laquelle on était parvenu à cause du travail de conservation de la Congrégation des Rites sautait désormais aux yeux. Si l’on voulait que le culte de l’Eglise redevînt vraiment le culte de l’Eglise en son sens plénier, c'est-à-dire de tous les fidèles, il fallait qu’il fût remis en mouvement. (...) Il apparaissait que l’élagage auquel on avait procédé à Trente, continuait de masquer, par beaucoup de choses superflues n’ayant qu’une signification purement historique, la structure toute simple de la liturgie. On s’aperçut, par exemple, que le choix des textes avait été comme gelé à un certain moment et qu’il pouvait difficilement satisfaire aux nécessités actuelles de l’annonce de la foi. Le pas suivant consistait à reconnaître que la refonte nécessaire ne pouvait plus se produire par la voie de corrections purement stylistiques, mais qu’elle réclamait une théologie renouvelée du culte si l’on voulait que ce renouvellement soit davantage qu’une correction purement superficielle. En un mot : la tâche dont on peut au mieux dire que le Concile de Trente l’avait à moitié réalisée, devait être à nouveau entreprise de manière à parvenir à un terme plus dynamique. » (p.151)

Cette ligne, Benoît XVI n’a jamais cessé de la rappeler en insistant sur la nécessité de comprendre en profondeur la réforme de Paul VI comme la continuité des réformes successives que l’Eglise a instaurée. Dans ce sens, la lettre explicative du Motu proprio « Summorum pontificum » du 10 avril 2011 rappelle  que « dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions; c’est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel. » L’analyse est simple : si certains fidèles se tournent vers la forme ancienne de la liturgie romaine, c’est parce que, de façon abusive, la sacralité a été occultée dans de nombreuses célébrations. Il importe donc de rendre aux célébrations eucharistiques leur sens plénier à savoir l’union du ciel et de la terre dans l’actualisation de l’unique sacrifice du Christ sur la croix selon les rites restauré par l’Eglise. C’est l’intention des souverains Pontifes romains Paul VI et Jean-Paul II qui « se sont employés à ce que « cet édifice liturgique » apparaisse de nouveau dans la splendeur de sa dignité et de son harmonie » (Motu proprio « Summorum Pontificum »).