11/02/2018 - Les bons exemples

Les situations sont parfois tellement différentes d’un pays à l’autre...







28/01/2018 - Serviteurs de la liturgie

Serviteurs de la liturgie

Dans certains milieux « conservateurs », on parle souvent de « réforme » de la réforme. Une telle expression laisse directement entendre que la restauration liturgique issue du Concile Vatican II présente des lacunes qu’il convient de corriger. La liturgie étant un organisme vivant au sein de l’Eglise, il est tout à fait possible et probable que celle-ci restaure à nouveau le missel dans le futur, mais cette question n’est pas pour l’instant à l’ordre du jour ! Il est donc contraire au véritable esprit liturgique d’entreprendre à l’échelle locale une réforme de la réforme, comme le prônent certains ecclésiastiques. Ce faisant, ils font eux aussi du bricolage liturgique en intégrant dans le missel de Paul VI des éléments de l’ancien rite.

Sur cette pente, la question est de savoir où s’arrêter et sur quels critères effectuer le tri. Ainsi, certains prêtres empruntent l’offertoire de l’ancien missel en lieu et place de l’actuelle présentation des dons. D’autres intègrent des rubriques du missel de saint Pie V dans le missel de Paul VI. Avec les meilleures intentions, la célébration est « trafiquée » et ces prêtres de bonne volonté tombent dans le même écueil que celui qu’ils dénoncent habituellement chez les autres.

En liturgie, il faut sans cesse garder à l’esprit que ce n’est pas le prêtre individuellement qui établit ses règles, mais qu’il est appeler à convertir ses aspirations pour entrer dans une célébration dont il est le serviteur. Même s’il juge que telle traduction présente des lacunes, même si tel ou tel geste semble édifiant, il ne lui revient pas d’introduire des modifications qui nuisent à la catholicité du rite. C’est certainement l’aspect le plus crucifiant et sanctifiant de la liturgie. Le prêtre apprend à dépasser ses aspirations pour vivre dans l’obéissance ce que l’Eglise lui demande.

Cette attitude n’est possible qu’à travers l’étude de la liturgie. Si l’Eglise a demandé la révision du missel romain et des sacrements, ce n’est pas pour que des rites aujourd’hui révolus soient réintroduits dans la liturgie, par ignorance, par esthétisme ou par nostalgie. Chaque prêtre et chaque fidèle est appelé à entrer dans l’intelligence du missel, à en déployer et à en vivre toutes les potentialités. 

20/01/2018 - Pour bien participer à la Messe : il faut arriver à l’heure !

Une condition pour bien participer à la Messe : arriver à l’heure !

Un prêtre témoigne : « Dans mon église, la Messe est à 10h. A 9h50, c’est vide. A 10h, la moitié de l’assemblée est là. A 10h10, tout le monde est là. Certains arrivent même pendant l’homélie… Récemment, une paroissienne qui insistait auprès de son époux pour ne pas arriver en retard s’est fait répondre : De tout de façon, tu connais quand même le programme ! »

Et si ces situations se produisaient au théâtre, à l’opéra ou au cinéma ? Et chez le médecin ou un spécialiste, ne faut-il pas être à l’heure ? Et à l’aéroport ?… Pour ce qu’on veut… ce qui est important, on est à l’heure ! Mais pour la Messe !…

Arriver à l’heure à l’église n’est pas synonyme de bavardages, comme c’est hélas souvent le cas. Arriver à l’heure, venir plus tôt, c’est préparer son coeur, c’est ouvrir son âme à la rencontre la plus importante de la semaine. 

Certains se disent peut-être encore qu’il faut arriver pour l’offertoire, comme si la Parole de Dieu était insignifiante. D’autres quittent l’église après la communion, comme si dix minutes de plus étaient insupportables.

Il faut aller au coeur du problème et poser les bonnes question. Si cela se produit une fois, en passant, il n’y a certainement pas de quoi s’inquiéter. Mais si le retard est chronique, il faut tirer la sonnette d’alarme. Au delà de la négligence, n’y a-t-il pas une question de foi ?

Celui qui arrive systématiquement en retard :
cherche à donner le moins de temps possible à la prière, ce qui est grave pour un chrétien !
donne un mauvais exemple et dérange le recueillement des autres fidèles : bruits de portes, sans oublier certains bavardages avec les voisins de bancs.
se prive des richesses du début de la célébration.

Une telle attitude est finalement très égoïste. On ne se soucie pas des autres, on oublie que la Messe est communautaire. L’assemblée n’est pas une addition d’individus mais un peuple qui s’exprime dans la prière commune, présidée par le prêtre. La Messe est une prière publique qui nourrit et fortifie la foi. Il est donc important d’être là avant le début de la célébration et d’y participer pleinement par le chant, la prière et l’attitude corporelle. Ce n’est donc pas le moment de se plonger dans un livre de méditation, d’égrener un chapelet, ou de consulter ses mails sur un smartphone… La Messe est le lieu ou le Peuple de Dieu se forme et grandit en se laissant enseigner par Dieu lui-même.

12/01/2018 - Ad orientem

Ad orientem

La célébration « dos au peuple » est souvent associée à la forme extraordinaire du rite romain, tandis que la Messe « face au peuple » est présentée comme une exigence du missel de Paul VI. Cette vision simpliste est évidemment fausse. Il ne s’agit pas d’être « dos » ou « face » au peuple. Il s’agit de favoriser une célébration tendue vers le Seigneur. Dans ce sens, l’Eglise permet divers aménagements d’un lieu de culte et la question de l’orientation de l’assemblée n’est pas liée à un rite particulier. Rappelons que l’autel de Saint-Pierre de Rome est orienté, tout en étant « face au peuple »… Il s’agit donc de trouver un équilibre qui permet l’ouverture de l’assemblée vers un horizon qui la transcende.

Loin de toute polémique, Benoît XVI, alors Cardinal Ratzinger, développe ce point dans « L’esprit de la liturgie ».

« La liturgie de la Parole justifie le face-à-face du lecteur et des auditeurs. Durant le chant ou la lecture méditative des psaumes, les fidèles assimilent la parole biblique, l'accueillent en eux-mêmes et la transforment en prière d'action de grâces. En revanche, l'orientation commune vers l'est pendant le canon demeure essentielle. Il ne s'agit pas d'un élément accidentel de la liturgie. L'important n'est pas de regarder le prêtre mais de tourner un regard commun vers le Seigneur. Il n'est plus question ici de dialogue mais d'une commune adoration, de notre marche vers Celui qui vient. Un cercle fermé n'est donc pas une forme capable de traduire l'élan commun qui s'exprime dans une même direction de prière. »

10/12/2017 - A propos du Motu proprio « Summorum pontificum »…

A propos du Motu proprio « Summorum pontificum »…

Quelques réflexions…

Le Motu proprio « Summorum pontificum » promulgué par Benoît XVI le 7 juillet 2007 est habituellement présenté par les « traditionalistes » comme une approbation de la Messe tridentine. En effet, ce texte a été et reste largement cité et commenté dans de nombreux écrits dont le but est de promouvoir cette liturgie. Loin de tout esprit polémique, il convient de questionner le document pour le situer à sa juste place.

Une volonté de pacification

Il semble que le Motu proprio « Summorum pontificum » doit être envisagé comme une tentative de réconciliation interne au sein d’une partie de l’Eglise catholique. Le fait qu’il soit signé par le pape Benoît XVI est révélateur. N’est-ce pas lui qui, alors cardinal, a géré l’épineux dossier de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, la création de la Fraternité sacerdotale Saint Pierre et la possibilité d’un schisme dans une Eglise fragilisée par un contexte de plus en plus sécularisé. Les « discussions doctrinales » entre les « traditionalistes » et la « Rome conciliaire » avançant très lentement, le pape a posé plusieurs gestes de bonté paternelle dont la levée des excommunications et la fameuse « libéralisation » de la messe tridentine (appelée aujourd’hui « forme extraordinaire » ou missel de Jean XXIII). Après plus de dix ans d’application, force est de constater que la réconciliation interne n’a pas abouti mais que ce document est souvent instrumentalisé pour justifier une célébration dont le concile Vatican II a demandé la restauration de façon explicite (Constitution Sacrosanctum Concilium). Le Motu proprio est à considérer comme un texte de compromis et certainement pas comme un encouragement pontifical à se tourner massivement vers un rite qui a perdu légitiment sa raison d’être par la promulgation d’un nouveau missel.

Afin de ne pas remettre en cause le travail de restauration du dernier concile, Benoît XVI (en tant que pape) n’a jamais célébré dans l’ancien rite et n’en a jamais fait la promotion. Il reconnaît qu’il est vénérable, il admet que des fidèles y trouvent un aliment spirituel mais il affirme aussi qu’il est « extraordinaire », c’est à dire qu’il ne doit pas faire partie de la vie « ordinaire » de l’Eglise. Il est sans doute important de le rappeler pour ne pas accorder trop d’importance à un texte facile à exploiter au détriment de l’unité liturgique de l’Eglise.

Parmi les nombreuses études du Cardinal Ratzinger sur la liturgie, Denis Crouan, dans son dernier ouvrage « La Grande rupture », cite ce passage particulièrement éclairant :  « Au début du XXe siècle, la liturgie était comme une fresque parfaitement préservée, mettre presque entièrement recouverte de couches successives. Pour les fidèles, elle était en grande partie dissimulée sous une foule de rubriques et de prières privées. Certains allaient même jusqu'à réciter leur chapelet pendant que le prêtre célébrait la messe. Après le concile Vatican II, la fresque fut dégagée, et pendant un instant, on en resta fasciné. Mais aujourd'hui, exposée aux conditions climatiques et à diverses tentatives de restauration, cette même fresque risque d'être détruite. » (L’esprit de la liturgie)

Ainsi la solution à la désacralisation de la liturgie n’est pas à trouver dans le retour d’une forme obsolète mais dans l’application rigoureuse du missel de Paul VI, missel plénier de l’Eglise catholique. Il s’agit de l’enseignement invariable de tous les pontifes depuis le concile. Faire du pape émérite le promoteur de l’ancien rite constitue un abus de langage. Il convient de rappeler inlassablement qu’une réforme ne peut pas être jugée par sa non-application et que le travail du clergé est de la faire connaître et appliquer.

De fait, partout où la messe de Paul VI est célébrée dignement (pensons au magnifique travail de la communauté Saint Martin et des Légionnaires du Christ), le « combat » pour la célébration de la messe dite « traditionnelle » ne se justifie plus. Le problème est, hélas, beaucoup plus profond qu’une simple question de rites… C’est le travail du concile Vatican II qui est explicitement remis en cause par des prêtres qui se disent fidèles à l’Eglise.

De nombreuses contradictions…

Il semble totalement incohérent de reconnaître du bout des lèvres la validité de la messe de Paul VI et de refuser obstinément sa célébration. Il s’agit d’une position théologiquement insoutenable. Si cette liturgie est approuvée comme norme authentique de l’Eglise catholique, comment prétendre à la fidélité sans la célébrer au moins occasionnellement. Plus grave, les choix liturgiques de ces prêtres « traditionalistes » sont souvent étayés par des arguments théologiques qui ne tiennent pas compte du Magistère actuel de l’Eglise.

D’un point de vue sociologique, la démarche des fidèles réclamant la messe tridentine est caractéristique de la société contemporaine qui place le sujet au centre des débats. De fait, il serait intéressant d’étudier attentivement les raisons qui justifient ce choix et qui sont parfois bien éloignées des questions spirituelles. Le fait de choisir son rite, selon des critères personnelles (« j’aime bien », « je prie mieux », « appartenances sociales ») est typiquement moderne et constitue un fait inédit. Traditionnellement, le rite ne se choisit pas, il se reçoit dans la fidélité à l’Eglise, gardienne de la liturgie. Rappelons que le rite n’a cessé d’évoluer au cours de l’histoire et que la « messe de toujours » est une invention récente. Bien sûr, il a toujours existé plusieurs rites dans l’Eglise, mais jamais sur le même territoire, au même moment et pour une même catégorie de fidèles.

Dans ce sens, la formule maladroite des « deux formes (ordinaire et extraordinaire) de l’unique rite romain » soulève de nombreuses questions. Quels sont les critères objectifs d’un choix, ? Comment promouvoir la restauration liturgique voulue par le concile Vatican II dans un climat de concurrence dans lequel les fidèles sont instrumentalisés ? L’ambiguïté théologique liée au refus de la liturgie restaurée est-elle justifiée et justifiable ? Au nom d’une pacification, est-il légitime de faire cohabiter deux rites dans une même église ? L’Eglise ne court-elle pas le risque d’un éclatement de la pratique en une multitude de chapelles ?… Le Motu proprio « Summorum pontificum » soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Un rappel fondamental

La liturgie ne peut pas être une affaire privée, soumise aux critères de groupes de pression (même officiels). Elle est l’oeuvre de l’Eglise qui agit souverainement dans ce domaine. Il est surprenant de constater que le refus de la messe de Paul VI se justifie souvent par la fidélité à la Tradition… Mais y-a-t-il une Tradition en dehors du Magistère actuel de l’Eglise ?

26/11/2017 - Le mystère pascal au cœur de la messe

Le mystère pascal au coeur de la Messe

Le mystère pascal est au coeur de la foi chrétienne. C’est à la suite du Christ, mort et ressuscité, que le croyant fait l’expérience du Salut. Celui-ci est pleinement reçu dans la foi mais en attente de sa réalisation plénière eschatologique. Il y a une tension dans la vie du baptisé : il est sauvé définitivement par la mort et la résurrection du Christ tout en étant « en attente » de la vision béatifique.

La redécouverte de cette notion centrale de « mystère pascal » est le fruit des recherches liturgiques du début du 20ème siècle entreprises notamment par Dom Odo Casel de l’abbaye de Maria-Laach. L’étude approfondie des premiers siècles du christianisme (écrits patristiques) a permis une approche renouvelée de la liturgie qui a aboutit à sa restauration lors du Concile Vatican II. Dans ce sens, cette entreprise n’a pas consisté à introduire des « nouveautés » pour moderniser la messe, mais à rendre à la célébration sa lisibilité première par delà les ajouts des époques successives. Il est important de rappeler que les protagonistes de ce « mouvement liturgique » (Dom Lambert Beauduin, Dom Bernard Botte, Louis Bouyer…) étaient tous des savants érudits et que le travail n’a pas été bâclé comme certains ont voulu le faire croire !

La Messe, vécue comme l’actualisation du mystère pascal, fait entrer le croyant dans une vie configurée au Christ. Dans ce sens, elle est pleinement le mémorial de l’offrande totale du Christ continuée dans la vie du chrétien. Le temps de Dieu entre dans le temps humain pleinement tendu vers les réalités célestes. La messe est dès lors bien plus que « l’application des mérites du sacrifice de la croix », vision réductrice et trop « utilitaire ». Elle englobe l’Offrande du Christ dans un mémorial qui plonge le croyant dans l’expérience du Salut en oeuvre en lui.

Ainsi, la séquence : Denier repas (don sacramentel) - Offrande sur la croix (don victimal) - Résurrection (don eschatologique), est contenue dans une même célébration. Le champ de vision spirituelle s’élargit car il rend présent l’événement pascal dans sa totalité. Il ne se réduit plus à une vision formaliste de la Messe qui trop souvent isole le renouvellement du sacrifice de la croix des autres réalités du Salut qui s’éclairent mutuellement.

« Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné. (Sacrosanctum Concilium 47)

29/10/2017 - Prudence pastorale...

Prudence pastorale…

Quand un prêtre change de paroisses et qu’il découvre la réalité pastorale de sa nouvelle affectation, il entend quasiment toujours le même conseil : « Il ne faut rien changer avant 1 an… », « Il faut prendre le temps de découvrir… », « Il ne faut pas brusquer les habitudes… ». Le sous-entendu est le suivant : essayer de se faire « accepter » pour ensuite changer doucement certaines choses… Il est utile de donner quelques pistes et de « libérer » le pasteur d’un poids parfois difficile à gérer.

Quand un prêtre fraichement ordonné ou jeune curé arrive dans ses nouvelles paroisses, il est précédé par une histoire et découvre les personnes impliquées dans les oeuvres. Dans la plupart des cas, des « laïcs engagés » souhaitent ardemment fonctionner « comme on a toujours fait ». Il faut constater que, dans de nombreux diocèses, le jeune clergé est assez classique et que beaucoup de fidèles sont généreux mais déformés par des dizaines d’années de pastorale progressiste. Dans ce climat, les tensions surgissent inévitablement face au « col romain », à la célébration de la Messe et à la manière de donner le catéchisme (et non pas de faire la catéchèse…). Le prêtre doit parfois se justifier d’être tout simplement fidèle à ce que l’Eglise demande. Mais comment le faire comprendre quand des laïcs enragés, véritables dictateurs locaux, confondent leurs propres idées (envies) avec le Saint-Esprit ?

Dès lors, il n’y a que 2 solutions : Renoncer ou changer…

Renoncer

C’est, hélas, la « solution » adoptée par le plus grand nombre… Au nom de l’adaptation, du « quand dira-t-on » et du désir de plaire, beaucoup de prêtres abandonnent le col romain (et le reste !) dans les années qui suivent l’ordination. Interrogé sur ce sujet, l’un d’entre eux n’hésitait pas à dire avec ironie : « le vernis sacerdotal a fondu ». Le plus grave, c’est que de détails en détails, le coeur de la foi est en danger. On ne renonce pas à un idéal élevé sans garder des séquelles durant toute la vie… 

Au quotidien, la pente est douce… A quoi bon se battre pour la liturgie ou pour le catéchisme alors que l’opinion de quelques laïcs enragés est écoutée attentivement dans les évêchés. Plus grave, en cas de conflit justifié… qui aura raison ? Les membres d’un « Soviet local » ou le prêtre qui veut vivre pleinement son sacerdoce et qui doit assumer l’étiquette : « Pas adapté ! ». Dans ce climat, insensiblement, au nom de la paix, que de prêtres ont fini tout simplement par céder sur des points essentiels de doctrine, de liturgie ou de morale. L’homme est capable de beaucoup pour un peu de reconnaissance et de chaleur humaine… 

Changer

Il faut garder à l’esprit que le changement est toujours possible, à condition de bien s’entourer et de résister. Il est clair que celui-ci n’est souhaitable que face à une situation déficiente concernant la doctrine, la liturgie et la morale. Les questions d’organisations pratiques (horaires…) se situent hors de notre propos. Il ne faut changer que si les règles de l’Eglise ne sont pas respectées ou pire, quand elles sont sciemment rejetées.

Cela n’est possible que si le prêtre est bien entouré. Celui-ci doit toujours garder à l’esprit que le « progressisme » (le terme est inapproprié car le véritable progrès se trouve dans la Tradition vivante de l’Eglise) est souvent vieillissant et de moins en moins représentatif. Malheureusement, les paroissiens entrant dans cette catégorie occupent régulièrement les postes clés et savent se faire entendre, au détriment d’une masse silencieuse qui subit leurs diktats. Une paroisse est souvent prise en otage par quelques catéchistes, enseignantes à la retraite, qui reproduisent dans l’église l’ambiance ce qu’elles ont connu dans la cour de récréation.

Pour changer et durer, le prêtre doit s’appuyer sur les quelques paroissiens fidèles qu’il ne manquera pas de reconnaître… Ils sont souvent plus jeunes, à genoux pendant la consécration, et sont plein d’ardeur. Dans certaines paroisses plus « sinistrées », cette catégorie est partie de guerre lasse, mais l’annonce de l’arrivée d’un prêtre « classique » peut stimuler leur retour. C’est avec eux qu’il faut envisager l’avenir !

Les débuts seront particulièrement éprouvants… Il y aura des réunions interminables, des palabres et des menaces. Tout est bon : chantages et lettres anonymes… On brandit le spectre d’une désaffection de l’église. Pour la poignée de laïcs enragés, la foi est secondaire, ce qui compte c’est le pouvoir auquel on s’accroche comme une pieuvre. Que va dire Simone si on lui explique gentiment que ce n’est pas son rôle de donner la communion avec M. le curé quand l’assistance ne dépasse pas les 20 personnes ?

Or, il y a des situations qu’il faut changer immédiatement sous peine de les adopter définitivement. C’est un leurre d’imaginer qu’après plus ou moins un an, les potentats locaux accepteront sans sourciller les changements sous prétexte que désormais ils connaissent bien le nouveau curé ! L’idéologie restera la même et les conflits surgiront telle une bombe à retardement.

Il faut d’abord justifier les options et expliquer l’enseignement de l’Eglise pour ne pas sombrer dans l’arbitraire. Ensuite, chacun doit se situer et si certains préfèrent aller gonfler des ballons pendant la messe, ils peuvent le faire… dans la paroisse à côté ! Il faut aussi avoir la liberté de la fidélité et accepter de ne pas plaire à tous.

Les points non-négociables sont ceux qui concernent la doctrine, la liturgie et la morale qui ne sont pas laissés à l’appréciation du Curé et/ou des laïcs mais relèvent de l’Eglise instituée par le Christ.

Ainsi, dans le domaine liturgique, il n’y a pas de discussion possible. La Messe ne s’invente pas au gré des caprices des « animateurs locaux ». Elle se reçoit dans l’émerveillement. Que de prêtres s’imaginent bien célébrer alors que les prières sont souvent « arrangées » (ou même inventées) et que le rôle des laïcs dans la liturgie est mal compris donc mal mis en oeuvre… Le rôle d’une équipe liturgique n’est pas de créer une célébration mais de bien la comprendre pour l’exécuter le plus fidèlement possible. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’on est loin du compte dans beaucoup d’endroits.

Pour stimuler certains jeunes prêtres hésitants, voici le témoignage que nous avons reçu d’un Curé qui a connu ces difficultés. Peu après son installation dans ces nouvelle fonction, il est « convoqué » à une réunion de l’équipe liturgique. Après cinq minutes de présentation, le responsable lui remet une feuille d’explications accompagnée de : « ici, on fait comme ça ! ». La liste est ahurissante car le missel est massacré. Il est trop long de détailler la liste mais elle illustre bien la confiscation de la liturgie catholique par un groupe de pression « qui joue au Curé ». Croyant rêver (ou cauchemarder !), le prêtre a simplement le courage de dire : « Je suis désolé, mais cela ne se fera plus comme ça ». C’est évidemment la stupeur dans l’équipe qui crie au non-respect du travail accompli et qui menace de démissionner. Après deux ans de discussions et de menaces en tous genres, c’est finalement ce qui arriva… et la désertion annoncée ne se produit pas. Il faut toujours bien garder à l’esprit que ces Soviets locaux ne représentent habituellement qu’eux-mêmes. Quand ils disent que « tout le monde dit que… », il s’agit souvent de deux ou trois personnes dont ils font partie. Tout finissant par s’arranger, certains ont fait le choix de partir et d’autres de rester pour assister à ce qu’on peut désormais appeler une « messe catholique ».

La conclusion est simple. Le jeune clergé ne doit pas être prisonnier des choix pastoraux de la génération précédente. Il n’est pas question ici de sensibilité mais du trésor de l’Eglise dont les pasteurs sont les intendants fidèles. La peur peut paralyser les bonnes volontés. Dès lors, que celles-ci se regroupent autour de certaines églises qui deviendront des phares dans l’obscurité. Ce n’est que dans la fidélité à la foi de l’Eglise et à sa mise en oeuvre liturgique que le renouveau, tant espéré par le Concile Vatican II, produira enfin ses fruits.